Une épicerie attaquée aux Moulins, une fusillade dans les quartiers Est... le récit des affrontements sous fond de narcoguerre qui ont secoué Nice ce week-end. Après les tirs aux Moulins et à Fenoglio de Briga à Nice, où un mineur de 15 ans a été blessé, le préfet des Alpes-Maritimes annonce le renforcement des contrôles.
Une nuit de violence à Nice
Il est presque minuit, samedi soir. Une flopée de gyrophares découpent l'obscurité de Pont-Michel à Nice. La zone est entièrement quadrillée. Une partie du quartier Saint-Charles est prise en étau. Côté boulevard Louis-Braille, un véhicule de la police nationale barre l'accès. De l'autre, bien en amont, à l'angle Virgile-Barel / Louis-Genari, c'est la police municipale qui veille au grain. Françoise Souliman, la Première adjointe déléguée à la Sécurité d'Éric Ciotti, arrive sur les lieux. Le baptême du feu...
La jambe gauche touchée
Peu après 23 heures, à l'entrée de la rue Jules-Michel, près de Fenoglio-de-Briga, tout est allé très vite. Un véhicule surgit, s'arrête. Un ou plusieurs de ses occupants tirent en rafale en direction d'un très jeune homme, avant de repartir en trombe. De nationalité égyptienne, la victime a tout juste 15 ans. Il s'écroule, touché à la jambe gauche. Connu des services de police pour des faits liés au trafic de stupéfiants, il était recherché, selon une source policière. Sous bonne garde, il est ensuite transporté à l'hôpital Pasteur 2, à quelques encablures de là. Un autre mineur de 17 ans a également été blessé. Il s'est fait mal en tombant, en voulant échapper aux tirs nourris. Lui aussi est connu des forces de l'ordre pour « stup ». Après un court séjour à Lenval, il est transféré à la caserne Auvare et placé en garde à vue. L'enrôlement précoce de mineurs de plus en plus jeunes dans les réseaux n'est pas un mythe...
Les détonations attirent les curieux
Les détonations, entendues à des kilomètres à la ronde, attirent les curieux. « Scène de crime, circulez », repoussent d'un geste les forces de l'ordre qui ont investi la zone, désormais sous cloche. « Ils ne sont pas près de les attraper ceux qui ont tiré » Dans le périmètre bouclé, les constatations commencent. Au moins 17 étuis de 9 mm – arme de guerre – sont retrouvés au sol. Trois véhicules stationnés ont été touchés par des balles au cours de la fusillade, boucliers de fortune.
Plus loin, boulevard Louis Braille, à l'abri de l'effervescence policière, un groupe de gamins entassés au pied d'un immeuble jaune passé de 12 étages, ricane. « Ils ne sont pas près de les attraper ceux qui ont tiré », fanfaronne un tout jeune garçon comme s'il connaissait les agresseurs. Les assaillants ont pris la tangente après avoir vidé leurs chargeurs. Ils sont activement recherchés par les enquêteurs qui n'excluent pas un lien avec les tirs essuyés la veille par une épicerie de l'autre côté de Nice, tout à l'ouest. C'est une piste sérieuse. Ce que confirme le procureur de la République de Nice, Damien Martinelli. « Les possibles liens avec les faits intervenus dans le quartier des Moulins, sur un probable fond de trafics de stupéfiants, sont étudiés par les enquêteurs », révèle-t-il.
La routine d'une cité
Vendredi soir, à 22h50, une Peugeot 2008 de couleur foncée s'est arrêtée devant le commerce Montel Market, boulevard Paul Montel. Même mode opératoire. Un individu encagoulé, épaulé par un ou deux autres complices, a canardé la vitrine de l'établissement, ouvert depuis quelques mois seulement. Une vitrine achevée par un tir de mortier de « forte puissance ». Dans les deux affaires, le procureur a ouvert une enquête pour tentative d'homicide en bande organisée. La détonation a fait trembler les murs des tours grises. La routine d'une cité qui ne dort jamais que d'un œil...
Dans les deux affaires, le parquet de Nice indique avoir ouvert une enquête pour « tentative d'homicide en bande organisée » et pour « association de malfaiteurs ». Les investigations ont été confiées au SIPJ, le Service interdépartemental de la police judiciaire de Nice.
Les syndicats de police réclament des effectifs
« Jusqu'où ira cette folie ? », grogne le syndicat de police Alliance nationale 06. Qui assène : « Nos quartiers méritent la sécurité, pas la loi des trafiquants ». « Encore une scène épouvantable à laquelle on ne doit pas s'habituer ! », tempête, de son côté, UN1TÉ 06. « Ça tire ! Ça tire une fois encore à Nice ! », s'énerve le syndicat. Les troupes ne sont pas à la hauteur des défis, sur le terrain. « Seulement sept stagiaires sont venus renforcer la CPN Nice ! », regrette UN1TÉ 06. Les policiers nationaux exigent des effectifs « tant sur la voie publique que dans les services d'enquêtes pour travailler sereinement ».



