La mort tragique d'Yvan Colonna, figure controversée du nationalisme corse
Le lundi 21 mars 2022, Yvan Colonna s'est éteint à l'âge de 61 ans, trois semaines après avoir subi une violente agression au sein de l'établissement pénitentiaire où il purgeait sa peine. Ce berger corse, condamné définitivement en 2011 pour l'assassinat du préfet Claude Érignac survenu le 6 février 1998, a toujours fermement nié toute implication dans ce crime qui a profondément marqué l'histoire contemporaine de la Corse.
Un parcours de vie entre continent et terre natale
Né le 7 avril 1960 à Ajaccio, Yvan Colonna quitte pourtant son île natale durant son adolescence lorsque sa famille s'installe à Nice. Cette séparation précoce de la terre corse laissera en lui une blessure durable. Sur la Côte d'Azur, il prépare un baccalauréat B et entame des études pour devenir professeur d'éducation physique, suivant ainsi les traces professionnelles de son père, Jean-Hugues Colonna.
Ce dernier, engagé en politique, connaîtra une carrière notable comme député socialiste des Alpes-Maritimes à partir de 1981, puis comme conseiller au ministère de l'Intérieur. Mais l'attachement viscéral d'Yvan Colonna à la Corse le pousse rapidement à abandonner ses études pour retourner dans le fief familial de Cargèse, au nord d'Ajaccio.
De la vie ordinaire à la clandestinité
Dans sa région d'origine, cet homme athlétique enchaîne divers emplois précaires : maître-nageur, surveillant en établissement scolaire, avant de finalement s'établir comme chevrier. Les enquêteurs le soupçonnent alors d'avoir été un « soldat » du Front de libération nationale de la Corse (FLNC), mouvement clandestin indépendantiste, mais Colonna se présente simplement comme « un militant politique ».
Entre 1995 et sa mise en cause dans l'assassinat du préfet Érignac, il mène une existence discrète qui ne fait pas particulièrement parler de lui. La situation bascule radicalement en mai 1999, lorsque les membres du groupe suspecté du meurtre sont arrêtés et que commencent les premières dénonciations. Yvan Colonna prend alors le maquis, entamant une cavale qui durera quatre années.
La longue traque et l'arrestation
Sa piste est suivie à travers plusieurs continents, du Venezuela à la Sardaigne en passant par le Vanuatu et le Costa Rica, mais en réalité, Colonna n'a jamais quitté son île. Il se cache dans une bergerie près de Propriano, dans le sud de la Corse. Lors de son arrestation en juillet 2003, l'image diffusée montre un homme aux cheveux mi-longs, portant boucle d'oreille et tee-shirt blanc, ayant développé une véritable « carapace » psychologique durant sa fuite, carapace qu'il renforcera encore pendant ses huit années de détention provisoire.
Le marathon judiciaire et les dénégations persistantes
S'ensuit une longue saga judiciaire avec pas moins de trois procès avant la condamnation définitive à la réclusion criminelle à perpétuité, sans période de sûreté, prononcée en 2011. Tout au long de cette procédure, Yvan Colonna maintient avec constance ses dénégations : « J'ai jamais tué personne, j'ai jamais pensé tuer quelqu'un », insiste-t-il lors de son dernier procès.
Il assume cependant pleinement ses convictions politiques : « Je suis nationaliste, je pense que je le serai toujours ». Il précise toutefois avoir abandonné le militantisme actif vers 1989-1990, après la naissance de son premier fils, pour se consacrer à sa famille et à son élevage caprin.
L'incarcération et les dernières années
Incarceré successivement à Fresnes (Val-de-Marne), Toulon puis Arles (Bouches-du-Rhône), entre autres établissements, Yvan Colonna multiplie les demandes de levée de son statut de « détenu particulièrement signalé ». Toutes ces requêtes sont refusées, l'empêchant ainsi de purger sa peine dans une prison corse, plus proche de ses proches.
Le 2 mars 2022, il est agressé par un codétenu, restant entre la vie et la mort durant dix-neuf jours avant de succomber à ses blessures. Sa mort clôt tragiquement un chapitre douloureux de l'histoire contemporaine corse, laissant derrière lui de nombreuses questions sans réponses et des plaies toujours ouvertes dans la mémoire collective de l'île.



