« Il est resté fort et digne » : Oussama, 39 ans, meurt dans la solitude à Montpellier
Le corps sans vie d'Oussama, un homme d'origine tunisienne âgé de 39 ans, a été découvert le 24 mars 2025 rue d'Argencourt, à proximité immédiate du Corum de Montpellier. Selon les conclusions de l'autopsie, son décès est dû à des causes naturelles, mais il est directement lié aux conditions de vie extrêmement précaires dans la rue, où il résidait depuis une période indéterminée.
Un hommage émouvant pour briser le silence
Ce samedi, Leslie, son ex-épouse, et Nour, leur fille âgée de 16 ans et domiciliées en Aveyron, se sont rendues sur les lieux du drame pour lui rendre un hommage solennel. Cette cérémonie intime vise également à saluer le travail des associations qui viennent en aide aux sans-abri et à insister sur l'urgence d'une attention accrue envers cette population vulnérable.
« On ne savait pas qu'il était à la rue, il était très discret sur sa situation. On se parlait au téléphone et quand il voulait voir sa fille il se déplaçait. On le questionnait, il disait que tout allait bien. Il ne s'exprimait pas trop sur ça », confie Leslie, qui avait malgré tout remarqué que l'adresse postale de son ancien mari était celle du Centre communal d'action sociale (CCAS).
Un rassemblement symbolique et une mort tardivement connue
Un rassemblement en mémoire d'Oussama a été organisé ce samedi matin à 11h30 dans la rue d'Argencourt, matérialisé par des ballons blancs. Animateur de formation, il aurait fêté ses 40 ans le 24 mars dernier. Le contact entre Oussama et sa fille s'est interrompu en février 2025, déclenchant six mois de recherches infructueuses.
« On l'a cherché partout pendant six mois. Je suis allé au commissariat pour essayer d'avoir des informations mais comme on est divorcé, la police ne m'a pas trop tenue au courant », explique Leslie. La mère et sa fille n'ont officiellement appris son décès qu'au début du mois d'août, en raison des difficultés d'identification, Oussama ne possédant pas de pièce d'identité sur lui.
« Quand je l'ai appris ça a été un choc. La façon dont on me l'a annoncé, en disant que c'était un SDF qui vivait sous un pont était horrible », témoigne Nour, encore bouleversée.
Un parcours de vie marqué par les difficultés
Arrivé en France en 2008 après son mariage, Oussama a vécu avec Leslie en Aveyron avant leur séparation en 2014. Il s'est ensuite installé à Montpellier pour se rapprocher de sa fille. « Je voyais qu'il avait des difficultés, pour le renouvellement de son titre de séjour, à s'insérer dans un emploi stable. Au niveau du logement, il disait toujours qu'il était hébergé », se souvient son ex-épouse.
Leslie ajoute, perplexe : « Et ces dernières années, il était vraiment bien. Mieux portant, même physiquement, c'est pour cela que pour nous ça a été un gros choc, je ne pensais pas qu'il en était là, du tout. En décembre 2024, on l'avait vu, il était bien ».
Des analyses qui apportent un semblant de réconfort
L'autopsie a confirmé une mort naturelle, notant un problème cardiaque qui, à lui seul, ne pouvait expliquer le décès. Les analyses toxicologiques ont en outre exclu toute conduite addictive, notamment la consommation de stupéfiants ou d'alcool. « Cela nous a, d'une certaine manière, rassurées car la police avait eu tendance à nous dresser un tableau qui ne collait pas à Oussama », souligne Leslie.
La force et la dignité d'un homme discret
C'est début mars dernier, grâce à l'action du collectif citoyen contre le sans-abrisme, que Leslie et Nour ont pu entrer en contact avec des associations sur le terrain pour retracer le parcours d'Oussama. « Une personne de la Halte solidarité m'a appelée. Elle m'a indiqué qu'Oussama y avait un casier où il avait des documents et me les remettra ce samedi », précise Leslie.
Même si « c'est difficile », Nour tient à ne pas laisser la mort de son père sans réaction. « Je voulais lui rendre hommage, on ne savait pas comment le faire. On y pense depuis cet été. On a toujours voulu. On ne parle pas assez de ce qui se passe », affirme-t-elle avec émotion.
Leslie conclut, le cœur lourd : « On n'est pas forcément au courant mais il y a beaucoup plus de personnes à la rue parce qu'elles n'ont pas trouvé d'autres solutions. Oussama avait beaucoup de fierté, n'était pas dans l'assistanat, il n'a jamais démérité malgré un parcours compliqué. Il est resté fort et digne ».



