L'enquête s'accélère après la mort violente d'un militant à Lyon
Six jours après l'agression mortelle du militant nationaliste Quentin Deranque, les investigations connaissent un tournant décisif avec une nouvelle vague d'arrestations. Parmi les onze personnes interpellées figure un assistant parlementaire du député La France Insoumise Raphaël Arnault, révélant des liens inattendus avec ce drame survenu en marge d'une conférence de l'eurodéputée LFI Rima Hassan.
Le déroulement tragique des événements
Le jeudi 12 février vers 17h30, sept militantes du collectif identitaire Némésis déploient une banderole devant Sciences Po Lyon pour protester contre la venue de Rima Hassan. Selon le procureur de Lyon Thierry Dran, bien que des amis soient présents pour assurer leur sécurité, ils n'interviennent pas lorsque plusieurs personnes tentent de décrocher la bannière.
Dans l'empoignade qui s'ensuit, une militante est étranglée et une autre jetée au sol, obtenant des incapacités totales de travail de deux et cinq jours. Puis, vers 18 heures dans les rues adjacentes, éclate selon une source proche du dossier "une bataille rangée entre des membres de l'ultragauche et de l'ultradroite".
Sur une vidéo publiée par Le Canard enchaîné, on observe une trentaine de personnes masquées échanger des coups. Le groupe de Quentin Deranque prend la fuite, mais le jeune homme de 23 ans se retrouve isolé avec deux autres personnes. Tous trois sont jetés au sol et frappés violemment.
Alors que ses compagnons parviennent à s'échapper, Quentin Deranque reste au sol et reçoit de violents coups de poing et de pied d'au moins six agresseurs, comme le montre une autre vidéo de la scène. Conscient mais confus après le départ de ses agresseurs, il tente de rentrer chez lui avec un ami.
Après avoir parcouru un kilomètre et demi, son état se dégrade brutalement. Transporté d'urgence à l'hôpital dans le coma, il souffre d'un grave traumatisme crânien et est déclaré mort le samedi midi suivant.
Le profil des suspects interpellés
Les forces de l'ordre ont procédé à onze interpellations dans le cadre de cette enquête ouverte pour homicide volontaire. Parmi les personnes arrêtées se trouve Jacques-Elie Favrot, assistant parlementaire du député LFI Raphaël Arnault, interpellé mardi soir.
Raphaël Arnault a immédiatement réagi sur le réseau social X : "Mon collaborateur Jacques-Elie Favrot a cessé toutes ses activités parlementaires. Dès hier avant d'apprendre son interpellation ce soir, nous avons engagé auprès des services de l'Assemblée les procédures pour mettre fin à son contrat. À l'enquête désormais de déterminer les responsabilités."
Le nom de Jacques-Elie Favrot circulait depuis plusieurs jours dans l'enquête, et le jeune homme, qui avait nié dimanche être responsable de la mort de Quentin Deranque, s'était déjà vu retirer ses droits d'accès à l'Assemblée nationale.
Deux militants de l'organisation antifasciste La Jeune Garde ont également été interpellés selon BFMTV et Le Parisien : Adrien B. et Guillaume A. Adrien B. est un proche de Raphaël Arnault, et les deux hommes sont des membres actifs de ce groupe fondé en 2018 par le député LFI lui-même.
La Jeune Garde, qui se présente comme une organisation antifasciste d'autodéfense, a été dissoute en juin 2025 par le ministère de l'Intérieur qui l'accusait de violences.
Six autres suspects directement liés aux coups mortels portés à Quentin Deranque ont été interpellés, dont l'un est mis en cause pour homicide selon BFMTV, suspecté d'avoir personnellement porté des coups mortels sur le militant de 23 ans.
Trois femmes ont également été interpellées, dont une ce mercredi en même temps que Guillaume A. Il s'agit de membres de l'entourage des suspects soupçonnés d'avoir réalisé une aide logistique, qualifiées "d'accompagnatrices" selon une source proche de l'enquête.
Les onze suspects sont mis en cause pour :
- Meurtre
- Violences aggravées
- Association de malfaiteurs
- Recel de malfaiteurs
Les interpellations ont été menées dans la région lyonnaise, en Haute-Loire, dans la Drôme et dans l'Aisne, montrant l'étendue géographique de cette affaire.
Le profil de Quentin Deranque
Quentin Deranque, 23 ans, était un catholique converti de fraîche date qui fréquentait depuis quelque temps une église traditionaliste, Saint-Georges, dans le Vieux Lyon. Ancien membre du groupe royaliste Action française, il a été l'un des fondateurs du groupuscule nationaliste-révolutionnaire Allobroges à Bourgoin-Jallieu.
Selon Mediapart, il a participé en 2025 au défilé d'extrême droite du Comité du 9-Mai à Paris, un groupe créé en 1994 après la mort de Sébastien Deyzieu, un militant nationaliste de 22 ans décédé en chutant d'un immeuble alors qu'il tentait d'échapper à la police.
Durant ce défilé en 2025, des saluts nazis ont été constatés comme le rapporte Libération. À Lyon, Quentin Deranque était inscrit en BUT Sciences des données et participait à des séances d'entraînement du groupe Audace, un groupe nationaliste local issu du Bastion social dissous en 2019.
Les réactions politiques et les hommages
Une minute de silence a été observée mardi à l'Assemblée nationale en mémoire du jeune homme. Des rassemblements ont eu lieu dimanche à Paris avec des cadres du Rassemblement national et des personnalités d'extrême droite comme Marion Maréchal et Éric Zemmour, mais aussi à Nice et Strasbourg.
Une déclaration pour une marche d'hommage samedi après-midi à Lyon, jusqu'à l'endroit où a eu lieu l'agression, a été déposée en préfecture. L'appel est relayé massivement et en plusieurs langues sur les réseaux sociaux.
Accusée par le gouvernement d'avoir une "responsabilité morale" dans la mort du jeune militant, La France Insoumise, dont les permanences de plusieurs élus ont été dégradées, assure n'avoir aucun lien avec l'agression et s'insurge contre une "récupération" politique.
Son coordinateur national Manuel Bompard a toutefois commencé à prendre ses distances avec La Jeune Garde : "Si certains membres du groupe sont responsables, ils devront être punis", a-t-il déclaré mardi. Le président du RN Jordan Bardella a quant à lui accusé le leader de LFI Jean-Luc Mélenchon d'avoir "ouvert les portes de l'Assemblée nationale à des meurtriers présumés".



