Mort d'un lycéen en stage : syndicats exigent l'arrêt des périodes en entreprise pour mineurs
Un adolescent de 16 ans est décédé sur son lieu de stage dans la Manche, relançant un débat crucial sur la sécurité des jeunes en milieu professionnel. Axel, élève de seconde au lycée Curie-Corot de Saint-Lô, a perdu la vie le 17 juin dans les locaux d'un magasin Gifi de la même ville, lors d'un accident impliquant la manutention de marchandises.
Un accident tragique aux circonstances précises
Selon les informations du parquet rapportées par Ouest France, l'accident s'est produit dans la matinée lorsque "lors de la manutention de palette de marchandise à l'aide d'un chariot élévateur, la marchandise a basculé sur la jeune victime située non loin de là". La chute de la palette a projeté le lycéen en arrière, sa tête heurtant violemment un trottoir. Une enquête pour homicide involontaire a été ouverte et une cellule d'écoute psychologique a été mise en place dans l'établissement scolaire.
Trois décès de mineurs en entreprises en quelques semaines
Ce tragique événement n'est malheureusement pas isolé. La CGT Éduc'action a révélé que trois mineurs sont décédés en entreprise ces dernières semaines. Avant Axel, Lorenzo, un apprenti maçon de 15 ans, avait été percuté par un engin de chantier à Nice le 4 mai. Puis Lucas, un élève de bac professionnel de 17 ans, avait eu le corps compressé par une poutre métallique à Lyon le 16 mai. Si tous ces accidents ne se sont pas produits strictement pendant des périodes de stage, ils soulèvent des questions fondamentales sur la protection des jeunes en milieu professionnel.
Les syndicats sonnent l'alarme
Face à cette série noire, la CGT Éduc'action demande carrément la suppression des stages des collégiens et lycéens en entreprise. Le syndicat pointe du doigt "l'explosion" des périodes d'accueil de mineurs en entreprises et estime que "les jeunes sont de plus en plus exposés aux dangers sans y être préparés".
Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU, majoritaire dans le secondaire, a également réclamé la fin des stages de seconde, les qualifiant de "simple opération de communication" des pouvoirs publics et dénonçant "les conditions d'accueil de ces stages".
Des obligations légales récentes remises en question
Depuis 2006, tous les élèves de troisième (soit 816 000 cette année) doivent effectuer un stage d'observation d'une semaine. Plus récemment, en 2024, Gabriel Attal a instauré un stage obligatoire de deux semaines pour les élèves de seconde des filières générales et technologiques. Organisé cette année du 16 au 27 juin, ce stage vise officiellement à aider les élèves à découvrir des métiers et affiner leurs choix d'orientation.
Pourtant, sur les 558 200 élèves de seconde censés être en stage en cette fin d'année scolaire, tous n'ont pas trouvé une entreprise pour les accueillir. Virginie Salmen, directrice de l'association ViensVoirmonTaf, explique : "Pour les élèves de l'éducation prioritaire, donc les élèves sans réseau parce que leurs parents sont à 66% inactifs ou ouvriers, trouver un stage dans le domaine qui les intéresse, c'est carrément mission impossible."
Un débat qui divise la communauté éducative
La CGT propose plusieurs mesures concrètes :
- Revoir les obligations liées à ces périodes de stage
- Interdire l'apprentissage avant 18 ans
- Supprimer les stages en entreprises dès la troisième
- Éliminer les séquences d'observation en seconde jugées sans intérêt
Pourtant, certains défendent ces stages qui permettent aux élèves, confrontés à la réalité du terrain, de vérifier si une profession leur correspond vraiment, voire d'éveiller des vocations. Il est important de noter que, rapportés au nombre d'élèves mineurs accueillis chaque année dans les entreprises françaises, les cas d'accident mortel pendant un stage restent extrêmement rares.
Ce tragique événement dans la Manche ouvre donc un débat complexe qui dépasse la simple question de la sécurité pour toucher à l'égalité des chances, à l'orientation professionnelle et à la place des jeunes dans le monde du travail.



