Le président argentin Javier Milei a annoncé un projet de loi pour durcir les sanctions contre les entreprises menant des opérations non autorisées autour des îles Malouines, s'appuyant sur des déclarations récentes de Donald Trump qui envisage de revoir la neutralité américaine sur l'archipel. Londres a immédiatement réagi en réaffirmant sa souveraineté et son engagement « absolu et inébranlable » envers les quelque 3 500 habitants des îles.
Un projet de loi pour dissuader les opérations non autorisées
Dans une allocution télévisée, Javier Milei a dévoilé son intention de présenter un projet de loi visant à « durcir les sanctions et les peines à l'encontre des entreprises liées à des opérations non autorisées » autour de l'archipel de l'Atlantique sud. Cette annonce intervient quatre jours après que le président américain Donald Trump, allié idéologique de Milei, a déclaré ne pas exclure de « revoir » la position américaine de neutralité concernant les Malouines. Interrogé lundi, Trump a simplement indiqué : « Je passe toujours toutes les positions en revue. C'en est une parmi d'autres », sans apporter plus de précisions.
Les États-Unis, comme la plupart des pays occidentaux, reconnaissent que le Royaume-Uni administre de facto ces îles, mais ne se prononcent pas sur la souveraineté stricto sensu. Celle-ci fait l'objet d'une résolution de l'ONU de 1965, qui reconnaît l'existence d'un différend et enjoint les parties à trouver une solution pacifique.
Londres réaffirme sa position avec fermeté
Le ministre britannique de la Défense, Wes Streeting, a répondu sur X : « Les Malouines sont britanniques parce que leurs habitants ont choisi d'être britanniques. Notre engagement envers les Malouines est absolu et inébranlable ». Cette déclaration fait suite à la guerre de 1982 entre l'Argentine et le Royaume-Uni, qui a fait 649 morts argentins et 255 britanniques en 74 jours.
Les Malouines, situées à 600 kilomètres de la côte patagonienne argentine, occupent une place centrale dans l'identité argentine. Le slogan « Malvinas Argentinas » est omniprésent : dans la Constitution, dans les noms de municipalités, dans les manuels scolaires, sur des fresques murales, des autocollants sur les bus, ou encore tatoué sur la peau.
Une action en justice contre un projet pétrolier
Mardi, une association d'anciens combattants des Malouines et des défenseurs de l'environnement ont intenté une action en justice pour empêcher un projet pétrolier mené par l'entreprise britannique Rockhopper et l'israélienne Navitas au nord de l'archipel. Cette action survient dans la foulée d'une condamnation par la chancellerie argentine de ce projet d'exploitation pétrolière.
Le président argentin a également évoqué « quelque chose de très fort concernant la cause la plus importante et la plus sacrée pour nous les Argentins » à propos des déclarations de Donald Trump. Il a insisté : « Les Malouines sont argentines par l'histoire et par le droit, il n'y a aucune discussion à ce sujet ». Il a ajouté que les quelque 3 500 habitants des Malouines, « population implantée sur un territoire usurpé, n'ont pas un droit légitime à l'autodétermination ».
Une opportunité politique pour Milei
Pour Tomas Mugica, politologue du Centre d'études internationales de l'Université catholique (UCA), les Malouines représentent pour Javier Milei « une opportunité de se renforcer sur le plan intérieur, à un moment de relative faiblesse ». La cote de popularité du dirigeant est en baisse depuis 3-4 mois, sur fond d'austérité budgétaire qui pèse sur la population.
Mugica souligne qu'« il existe un très large consensus dans la population, mais aussi les élites politiques, sur la légitimité de la revendication de souveraineté », mais que « les politiques les plus appropriées pour récupérer cette souveraineté sont sujettes à controverse ». Il analyse également que « la question des Malouines sert à Trump pour faire pression sur le Royaume-Uni pour qu'il satisfasse à ses exigences sur le financement de l'Otan, et sur la collaboration dans la guerre en Iran ». Le président argentin a détaillé jeudi : « Nous allons déployer tous les instruments de l'Etat, diplomatiques, économiques, judiciaires, afin de dissuader les acteurs étatiques et non étatiques qui portent atteinte à notre souveraineté ».



