Le Premier ministre Sébastien Lecornu est attendu à Mayotte à partir de ce mercredi midi et jusqu'à jeudi soir pour tenter d'accélérer la reconstruction de l'archipel, plus d'un an et demi après le passage dévastateur du cyclone Chido. Dans un courrier adressé lundi aux maires du département, il reconnaît des « difficultés persistantes » dans de nombreux domaines, notamment l'accès à l'eau et aux soins, et dit comprendre l'« impatience » des habitants, qu'il affirme « partager ».
Une reconstruction « trop lente » et des crédits sous-consommés
La reconstruction est jugée « trop lente » par le chef du gouvernement, qui promet de « sortir de terre » les projets prévus par la loi d'août 2025 visant à réparer les dégâts provoqués par le cyclone du 14 décembre 2024. Ce dernier a fait au moins 40 morts et détruit de nombreuses habitations. Quelque 4 milliards d'euros de crédits sont prévus dans cette loi, assortie d'une stratégie quinquennale 2026-2031. Mais seulement 12 % des engagements votés et délégués en 2026 ont été dépensés à ce jour, illustrant le retard pris dans la mise en œuvre des mesures.
Dans son courrier, Sébastien Lecornu souligne également les « besoins de construction et de rénovation des écoles », alors que les élèves ont repris le chemin de l'école lundi. Il déplore aussi des « retards dans la livraison ou la mise en service d'équipements publics », qui nourrissent l'impatience des Mahorais.
Un déplacement marqué par les visites et les annonces
Pour son premier déplacement en Outre-mer depuis sa nomination à l'automne 2025, le Premier ministre devrait visiter notamment un poste de sécurité, un quartier de renouvellement urbain, et rencontrer des écoliers. Il devrait aussi s'exprimer devant l'Assemblée de Mayotte et échanger avec les maires sur la reconstruction. Plusieurs ministres l'accompagnent dans ce déplacement.
Dans son courrier, Sébastien Lecornu évoque des décisions à venir dans la lutte contre l'immigration clandestine, alors que la moitié des 323 000 habitants de l'archipel sont de nationalité étrangère selon l'Insee, en majorité originaires des Comores voisines. Il aborde également « la maîtrise civilo-militaire des espaces maritimes » français dans l'océan Indien, une zone stratégique.
Des projets structurants toujours attendus
Malgré les retards, le chef du gouvernement souligne le « caractère définitif et irréversible » des projets prévus par la loi, même s'ils tardent à voir le jour. Parmi ceux-ci figurent la construction d'un second hôpital, d'un nouvel aéroport, d'une deuxième prison ou encore d'une usine de dessalement. L'instabilité politique, avec notamment la censure du gouvernement de son prédécesseur François Bayrou, explique « en partie ces difficultés », selon Sébastien Lecornu.
Ce déplacement intervient alors que les candidats à la présidentielle commencent à se presser sur ce territoire où Marine Le Pen a obtenu 59 % des suffrages au deuxième tour de la présidentielle de 2022. L'ex-Premier ministre Édouard Philippe est venu la semaine dernière et a multiplié les propositions visant à « fermer les vannes de l'immigration » sur l'archipel. Le Premier ministre devra donc répondre aux attentes des élus locaux et des habitants, tout en faisant face à une opposition politique bien implantée, dans un contexte de forte pression migratoire et de reconstruction encore balbutiante.



