Marseille : 18 ans de prison pour les tortionnaires de deux adolescents dans un réseau de stupéfiants
Marseille : 18 ans de prison pour tortionnaires d'adolescents

Une affaire de « sauvagerie » dans les quartiers nord de Marseille

La cour d'assises des Bouches-du-Rhône a rendu jeudi 12 février un verdict sévère contre six membres d'un réseau de stupéfiants ayant torturé deux adolescents à Marseille. Les peines prononcées vont de six à dix-huit ans de réclusion criminelle, illustrant selon l'accusation la brutalité des méthodes employées par les narcotrafiquants pour asservir leurs « jobbeurs ».

Le calvaire des deux mineurs recrutés de force

En janvier 2022, deux adolescents de 16 ans, originaires de communes rurales des Bouches-du-Rhône et en fugue, se sont fait recruter par un réseau opérant dans la cité de Frais Vallon, dans les quartiers nord de Marseille. Sous prétexte d'une dette imaginaire, ils ont été contraints de travailler gratuitement pendant quatre jours, subissant séquestration, coups de pied, de poing et de bâtons.

Leurs tortionnaires les ont obligés à danser nus, et l'une des victimes a déclaré avoir subi une tentative de viol ainsi qu'un viol commis avec un bâton. Les six hommes, dont deux frères de 24 et 25 ans considérés comme les gérants du point de deal, ont été identifiés par les victimes lors de planches photographiques et de parades d'identification.

Des peines lourdes malgré les plaidoiries de la défense

Les deux frères, désignés comme les principaux responsables, ont été condamnés à dix-huit ans de réclusion, suivant les réquisitions de l'avocat général. Un autre accusé, décrit par la victime comme « le plus violent », a écopé de seize ans de prison. La cour a toutefois accordé une forme de « prime à l'aveu » en condamnant un homme surnommé « Souris » à quatorze ans de réclusion, et un « geôlier » à douze ans, tous deux ayant partiellement reconnu les faits lors des débats après avoir nié durant l'instruction.

Le seul accusé comparaissant libre a été condamné à six ans de prison, malgré l'absence de son ADN dans la cave où les tortures ont eu lieu. À l'énoncé du verdict, ce jeune homme a fait une crise d'angoisse nécessitant l'intervention des pompiers.

Une défense qui dénonce un dossier fragile

Lors des plaidoiries, la défense a plaidé l'acquittement des principaux accusés, arguant que le dossier reposait uniquement sur les déclarations d'une victime. Me Karim Bouguessa, avocat d'un des deux frères, a déploré « une justice qui ne veut plus réprimer des faits mais adresser des messages d'exemples », tandis que Me Frédéric Coffano, défenseur de l'accusé désigné comme le chef, a mis en doute la crédibilité des deux mineurs.

Me Nicolas Lemoine, représentant l'accusé libre, a pointé les failles de l'instruction, notamment l'absence de preuves matérielles. Cependant, la cour a retenu la gravité des faits, qualifiés de « sauvagerie » par l'avocat général, qui a dénoncé les « méthodes d'asservissement » des réseaux pour obtenir une main-d'œuvre gratuite.

Une évasion désespérée et des appels à l'aide ignorés

Pendant leur calvaire, les deux adolescents ont tenté en vain d'alerter la police en distribuant des petits mots aux consommateurs de stupéfiants : « Bonjour, séquestrés par le réseau. SVP appelle la police. Ils nous oblige à vendre gratuit, on a 13 ans, ils nous ont tabassés avec des barres. On a besoin d'aide ».

Au bout de quatre jours, pour échapper à leurs tortionnaires, ils ont sauté du troisième étage d'une tour. Kevin, l'une des victimes, s'est fracturé la jambe et a été traîné dans une cave, décrite comme une « véritable salle de tortures », où il a subi trois à quatre heures de supplices supplémentaires. Cette affaire met en lumière la violence extrême qui peut régner dans les réseaux de stupéfiants marseillais et les risques encourus par les jeunes recrutés de force.