Ce dimanche, les proches des victimes de l'attentat du 14 juillet 2016 à Nice se sont rassemblés sur la Promenade des Anglais pour une marche poignante, ouvrant trois jours de commémorations. Entre douleur ravivée, devoir de mémoire et volonté de continuer à vivre, les familles ont rendu hommage aux 86 personnes tuées lors de cette nuit tragique.
Un traumatisme intact après dix ans
Pour beaucoup, le traumatisme reste vif. La sœur de Christophe Lyon, issue de la famille Lyon et Locatelli, a perdu six membres de sa famille ce soir-là. « Ça fait 10 ans, mais c’était comme si c’était hier », a-t-elle confié, bouleversée, en tenant le portrait de ses parents, Gisèle et Germain. L'annonce du décès de son père a été un choc terrible : « On nous a appris à 5h du matin que mon père était décédé. C’est irréaliste. J’ai eu un trou noir et la terre s’est dérobée sous mes pieds. »
La culpabilité des survivants
Myriam Benzouai, présente lors de l'attaque, a choisi de marcher pour représenter ses enfants, trop effrayés pour venir. « On a failli à notre devoir de parent… C’est ce que je ressens, c’est que j’ai pas pu les protéger face à cette horreur », a-t-elle regretté. Malgré son hésitation jusqu'à « la dernière seconde », sa présence est un acte de résilience : « Pour montrer qu’on est tous unis [...] on sera là et on se relèvera toujours. »
Le parcours du camion meurtrier, une épreuve indicible
Refaire le parcours du camion meurtrier est une épreuve difficile pour les familles. Didier Matrat, secrétaire de l'association Life for Nice, a perdu son beau-père, la 86e victime de l'attentat. Fuyant parfois la Côte d'Azur pour éviter d'y penser, il appréhende de repasser par ces endroits : « J’ai vu toutes les victimes qui étaient au sol. Il y a ces endroits c’est toujours difficile de passer. » Pierro a résumé l'état d'esprit général : « Commémorer l’horreur, c’est pas facile. Mais on se doit d’être là pour ceux qui ne sont plus là. »
La quête de reconnaissance
Au-delà du chagrin, certains réclament une véritable reconnaissance de la dimension symbolique de cette attaque. Guillaume Rasteux, qui a perdu sa sœur Laurence il y a 10 ans, déplore que l'attentat de Nice soit parfois éclipsé par ceux de Paris. Il soulève également la violence inouïe des jours post-attentat, mentionnant « trois jours de recherches éprouvantes pour retrouver sa sœur » et le fait que « les corps ont été dépouillés » sur la promenade : « Elle portait des bijoux qu’on n’a jamais retrouvés. »
Continuer à vivre et aller de l'avant
Malgré la tragédie familiale qui a suivi – le décès de sa mère d'un cancer et de son père il y a un mois et demi –, Guillaume Rasteux insiste sur la vocation de la Promenade des Anglais : « C’est important de continuer à vivre et aller de l’avant. La promenade des Anglais restera le lieu où le drame s’est passé, mais c’est aussi un lieu qui doit rester un lieu de vie. »
Le cortège est arrivé devant l'œuvre mémorielle L'Ange de la Baie, avant de rejoindre le jardin Albert-1er où chacun a pu déposer une rose blanche. Les familles ont également applaudi les sapeurs-pompiers qui rendaient hommage aux victimes. Cet événement solennel, organisé avec quatre associations locales de victimes, ouvre trois jours d'hommage.



