Lyon : une marche nationaliste pacifique en mémoire de Quentin Deranque sous haute surveillance
Marche nationaliste à Lyon pour Quentin Deranque sous surveillance

Une marche sous haute tension dans les rues lyonnaises

Ce samedi après-midi, le cœur du 7e arrondissement de Lyon s'est transformé en théâtre d'une manifestation à forte charge symbolique. Des centaines de militants nationalistes, majoritairement des hommes trentenaires, se sont rassemblés dans une attente palpable, presque électrique. Ils écoutaient religieusement les consignes d'Aliette Espieux, figure emblématique du militantisme antiavortement et l'une des organisatrices de cette marche commémorative.

Des consignes de pacifisme strictement rappelées

« Ne répondez pas aux provocations, ne donnez pas aux milices d'extrême gauche du pain sur la planche », martelait Aliette Espieux aux participants. Derrière cette apparente sérénité, chacun gardait en mémoire les instructions officielles largement relayées par les autorités. La préfecture du Rhône avait insisté : « Cette marche doit revêtir un caractère pacifique et ne donner lieu à aucune expression politique ». L'objectif affiché était de rendre hommage à Quentin Deranque, jeune militant nationaliste battu à mort une semaine plus tôt dans les rues lyonnaises.

Un départ sous tension verbale

Dès les premiers instants, la tension s'est fait sentir. Depuis un appartement surplombant la place, résonnait la chanson des Berruriers noirs : « La jeunesse emmerde le Front National ». Immédiatement, des voix s'élevèrent dans la foule pour répondre : « Non la jeunesse emmerde LFI ! Vous, vous avez des morts sur la conscience ! ». Malgré ces échanges verbaux tendus, la marche s'est élancée dans le calme relatif. Le ministère de l'Intérieur anticipait 2 000 à 3 000 participants ; finalement, la préfecture du Rhône en a recensé 3 200 exactement.

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Un cortège sous surveillance rapprochée

Les participants, pour la plupart discrets, échangeaient entre eux mais refusaient systématiquement de donner leur nom aux journalistes. Tenue sobre, tatouages à connotation politique soigneusement dissimulés, masques chirurgicaux... beaucoup se connaissaient visiblement de longue date. Certains se félicitaient même de voir de nouveaux visages : « Ça nous fait plaisir de voir des petits jeunes comme vous. Ça nous donne de l'espoir pour demain ! », confiait l'un d'eux.

Un quartier en alerte préventive

Dans les rues avoisinantes, plusieurs commerces avaient préféré fermer leurs portes par mesure de précaution. Une agence immobilière notamment avait reçu consigne de son directeur de fermer à partir de 13 heures « à cause des risques de débordements », expliquait un employé. Sur les réseaux sociaux, des appels à « ne pas laisser la rue » à l'ultradroite alimentaient les craintes d'une contre-manifestation qui, finalement, ne s'est jamais matérialisée.

Un dispositif policier impressionnant

Le point d'arrivée de la marche, une rue étroite longeant la voie ferrée où Quentin Deranque a été battu à mort, avait suscité des réserves de la part de la maire du 7e arrondissement, Fanny Dubot, en raison de sa configuration dangereuse. La préfecture y avait déployé un dispositif sécuritaire conséquent :

  • Policiers municipaux et nationaux
  • CRS en nombre
  • Escadrons de gendarmerie mobile
  • Drones de surveillance en survol permanent

Cette présence dissuasive a efficacement empêché tout contact avec d'éventuels contre-manifestants.

« Justice pour Quentin » : le cri du cortège

En tête de manifestation, une banderole blanche portait l'inscription « Justice pour Quentin ». Dans le cortège, on pouvait distinguer des membres de Nemesis - déjà présents lors de la conférence de Rima Hassan le 12 février dernier - et de l'Action Française, mouvement au sein duquel le jeune Quentin avait milité dans la section locale de Vienne. Les slogans fusaient de part et d'autre : « Cassez-vous espèce de fachos », lançaient des passants ; « Antifa assassins », « Mélenchon, en prison », répondaient les manifestants entre deux Marseillaises entonnées avec ferveur.

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Des murs qui parlent et se disputent

Partout dans les rues, sur les murs, les tags rappelaient le fossé idéologique qui sépare les radicaux des différents bords. À la demande de la Ville, certaines inscriptions - notamment devant le mémorial improvisé pour Quentin, rue Victor Lagrange - avaient été retirées dans la matinée. Au-dessus des fleurs déposées en sa mémoire, une phrase inscrite sur une feuille demeurait : « Toute vie d'homme est sacrée ». Plus loin, d'autres affiches ramenaient les lieux à une réalité plus politique : « Quentin tué par la milice de Mélenchon ».

Des réactions d'habitants nuancées

Parmi les riverains, les opinions divergeaient sensiblement. Ludivine, résidente du quartier, estimait que « ce rassemblement est plutôt sain dans son principe », même si elle redoutait d'éventuels débordements en marge. « Quelqu'un est mort et aujourd'hui les gens ne savent plus communiquer, ils ne savent que réagir par la violence. Je ne serais pas surprise si, en marge de l'événement, ça dégénérait », confiait-elle avec inquiétude.

Un incident isolé en queue de cortège

Le seul incident notable de la journée s'est produit en queue de manifestation : un individu a été interpellé pour port d'arme (un marteau et un couteau). Bernard*, lui, habitant du Jura de passage à Lyon pour voir des proches, a été attiré par les caméras des journalistes avant de rejoindre le cortège. « Vous envoyez vos enfants à l'école et ils se font ramasser comme des chiens sur les passages piétons. Il y en a marre de vivre dans une France pareille. On laisse Monsieur Jean-Luc Mélenchon attiser la violence. Ça commence avec les municipales, après ce sera les présidentielles… Ça me désespère », témoignait-il avec amertume.

Une dispersion dans le calme

À 17h30 précises, les 3 200 manifestants étaient tous rassemblés devant le mémorial improvisé en hommage à Quentin Deranque. Certains se recueillaient brièvement, comme cette passante qui confiait : « Je viens juste faire une prière et je repars ». Malgré quelques échanges tendus entre résidents et manifestants en fin de rassemblement, aucun affrontement physique n'a eu lieu. Les deux camps ne se sont pas croisés, contenus par le dispositif policier omniprésent.

Le respect strict des consignes

Finalement, malgré les craintes initiales et les tensions latentes, la marche s'est déroulée sans violence notable. Les consignes de pacifisme ont été globalement respectées, et le ministre de l'Intérieur, qui avait maintenu l'autorisation de la manifestation malgré l'avis défavorable du maire de Lyon Grégory Doucet, peut souffler : l'événement n'a pas dégénéré. Reste que cette journée a rappelé avec force les fractures idéologiques profondes qui traversent la société française, et particulièrement la ville de Lyon, théâtre régulier de confrontations politiques.