Mélissa Gil, représentante départementale du syndicat Alliance Police nationale dans le Gard, dresse un constat sévère sur la situation des forces de l'ordre à Nîmes et en France. Interrogée par Midi Libre, elle revient sur les conséquences de l'affaire Lyhanna, qui a mis en lumière les lacunes du traitement des violences sexuelles sur mineurs, et pointe un problème structurel persistant : le manque d'effectifs et de moyens alloués aux enquêteurs.
L'affaire Lyhanna comme révélateur des carences
L'affaire de la petite Lyhanna a provoqué une réévaluation nationale des dossiers d'abus sexuels sur mineurs. Selon Mélissa Gil, cette réévaluation a permis d'identifier des procédures en souffrance depuis plusieurs mois. « Ces infractions sont parmi les plus graves que nous ayons à traiter », insiste-t-elle, soulignant la vulnérabilité des victimes. Cependant, les enquêteurs doivent jongler entre flagrants délits, gardes à vue, criminalité organisée et violences quotidiennes, ce qui retarde le traitement de certains dossiers. « L'affaire Lyhanna a servi d'électrochoc, mais elle révèle surtout un problème structurel : les brigades de protection de la famille manquent d'effectifs et de moyens. »
Ce constat n'est pas propre à Nîmes : il est national. « En France, nous fonctionnons trop souvent dans l'urgence médiatique. Une fois l'émotion passée, les difficultés structurelles demeurent », déplore la syndicaliste. Alliance Police nationale alerte depuis des années sur ce manque de moyens humains et matériels. « Sans investissement massif dans les ressources humaines et les outils d'investigation, il sera difficile de lutter efficacement contre toutes les formes de criminalité », prévient-elle.
Renforts annoncés à Nîmes : le compte n'y est pas
Le ministre de l'Intérieur a annoncé l'arrivée de 16 renforts à Nîmes à partir de septembre. Mélissa Gil se montre prudente : « Nous avons déjà connu des annonces importantes qui ne se sont pas totalement concrétisées. À plusieurs reprises, les effectifs annoncés ont été absorbés par les départs, les mutations ou les retraites. » Elle compare la situation à des « vases communicants » : quand il y a plus de départs que d'arrivées, le renfort annoncé ne se traduit pas par une augmentation réelle des effectifs sur le terrain.
Par ailleurs, les services judiciaires connaissent une crise d'attractivité. « Plusieurs enquêteurs quittent ces services en raison de l'épuisement professionnel. La charge de travail est immense, les dossiers s'accumulent, les délais s'allongent », explique-t-elle. Cette pression génère stress et anxiété, poussant certains à rejoindre des services moins exposés. « Les renforts annoncés constituent une première étape, mais ils ne suffiront pas à résoudre les difficultés structurelles. Pour Alliance, le compte n'y est pas encore. »
Des syndicats qui peinent à se faire entendre
Les organisations syndicales multiplient les interventions et les manifestations pour dénoncer le manque d'effectifs et la surcharge de travail. Mélissa Gil s'étonne que le corps des commissaires bénéficie d'une revalorisation de 100 points d'indice, tandis que l'État explique régulièrement qu'il n'y a pas de budget pour le terrain. « Comment peut-on trouver les moyens pour augmenter les chefs de service, mais pas pour ceux qui font fonctionner les commissariats au quotidien ? » s'interroge-t-elle.
Elle rappelle que les enquêtes, l'accueil des victimes, les auditions, les gardes à vue et le traitement des procédures reposent avant tout sur les officiers de police judiciaire, les enquêteurs et les personnels administratifs. « Ce sont ces collègues qui subissent la surcharge, qui accumulent les heures et qui sont confrontés chaque jour à la détresse des victimes. Pourtant, ils ont souvent le sentiment d'être les grands oubliés des revalorisations. » Alliance Police nationale demande que les efforts budgétaires profitent d'abord à ceux qui font tourner les services au quotidien. « Car sans les petites mains, il n'y a tout simplement pas de service public de sécurité. »



