Lyhanna, 11 ans, violée avant de mourir : les zones d'ombre persistent
Lyhanna, 11 ans, violée avant de mourir : les zones d'ombre

Une terrible certitude et toujours d'immenses zones d'ombre. Disparue au début du mois de juin dans le Gers, la jeune Lyhanna, 11 ans, a subi un viol avant de mourir. L'information, révélée jeudi soir, a provoqué une vive réaction de la famille de la collégienne. Par la voix de leur avocat, Me François Roujou de Boubée, ses parents ont exprimé leur immense douleur : « Face au pire pouvant arriver à une enfant et à des parents, leur colère n'a d'égal que leur dégoût. »

Sur le plan judiciaire, le principal suspect, Jérôme Barella, un père de famille de 41 ans visé par plusieurs autres plaintes pour viols sur mineures, reste mis en examen pour « enlèvement » et « séquestration » et en détention provisoire à la prison de Mont-de-Marsan. Pour que les charges soient requalifiées en homicide, la justice attend les conclusions définitives sur les causes de la mort de la collégienne. Mais comment la médecine légale peut-elle être aussi affirmative sur le viol tout en butant sur l'origine du décès ?

Des traces biologiques plus faciles à isoler

Ce décalage dans les conclusions de l'autopsie tient d'abord à la nature des traces recherchées lors du premier examen à l'œil nu. « Concernant les violences sexuelles qu'a subies cette petite fille, il y a probablement des traces traumatiques plus faciles, plus évidentes à recueillir », explique le docteur Bernard Marc, médecin légiste depuis plus de 35 ans et auteur du livre Médecin légiste, pour les morts et les vivants. À ces lésions physiques s'ajoute la recherche de traces biologiques et d'ADN, dont les résultats peuvent être isolés très rapidement par les laboratoires.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Déterminer ce qui a provoqué l'arrêt cardiaque de la victime est un exercice beaucoup plus complexe lorsque aucune blessure flagrante n'est visible. Dans le cas de Lyhanna, les médecins ont d'abord procédé par élimination. « Les légistes ont déjà écarté les phénomènes mortels qui seraient évidents, les choses anatomiquement apparentes, poursuit le spécialiste. Elle n'a pas reçu de coups de couteau ou de blessure par arme à feu. »

Les effets du temps

L'autre obstacle majeur réside dans le temps écoulé entre la mort de la fillette et la découverte de son corps, survenue plusieurs jours après sa disparition. En plein mois de juin, les conditions climatiques modifient rapidement les tissus. « La peau change de couleur dans les premiers jours après un décès, rappelle Bernard Marc. Retrouver une ecchymose [un bleu] sur une peau tout à fait blanche, c'est facile. Sur une peau qui commence à foncer avec le temps, c'est beaucoup plus difficile. D'où la nécessité absolue de recourir à des examens complémentaires. »

Pour le spécialiste, il existe en effet une multitude de manières de donner la mort qui ne laissent aucune trace visible. C'est notamment le cas de la suffocation par compression thoracique. Un adulte qui maintient au sol un enfant de cet âge peut bloquer sa cage thoracique. Ses poumons ne peuvent alors plus se déployer, ce qui provoque une asphyxie sans qu'aucune de ces lésions externes ne soit apparente.

De multiples hypothèses

« Une clé de cou sur un larynx ne laisse pas de lésions évidentes, mais il y a quand même une obstruction de la respiration », observe également le Dr Bernard Marc. Une telle pression peut couper l'afflux sanguin vers le cerveau, sans pour autant briser l'os hyoïde, ce petit os du cou pourtant fréquemment cassé lors de strangulations plus violentes. Enfin, la cause du décès peut être liée à une défaillance purement fonctionnelle provoquée par la terreur. « Le stress peut aussi avoir occasionné des troubles du rythme cardiaque chez l'enfant, voire un arrêt cardiaque », ajoute le légiste.

Pour obtenir des réponses, les experts de l'institut médico-légal doivent désormais basculer vers des analyses de laboratoire à l'échelle cellulaire. Des prélèvements profonds ont été réalisés sur les organes vitaux de la collégienne : le cœur, les poumons, le larynx et le cerveau.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

« Lamelles ultra-fines »

« On les immerge dans du formol pendant plusieurs semaines, jusqu'à ce qu'ils soient découpables en lamelles ultra-fines, détaille le médecin légiste. Elles seront ensuite observées au microscope par des anatomo-pathologistes. » Ce sont ces spécialistes, très rares en France, qui pourront identifier des signes microscopiques de défaillance, comme les marqueurs d'un manque d'oxygène prolongé au niveau du cerveau.

Ces analyses permettront également d'étudier les voies respiratoires de la jeune fille pour déterminer si le silo désaffecté est le lieu de sa mort ou un simple lieu de dépose. La présence de micropoussières de grains au fond des poumons prouverait qu'elle respirait encore et s'est débattue sur place. Silencieux depuis le 5 juin, le parquet d'Agen ne s'exprimera pas avant d'avoir ces expertises scientifiques entre les mains.

* « Médecin légiste, pour les morts et les vivants », du Dr Bernard Marc, Mareuil éditions, 217 pages, 21 euros.