Lourdes : les mosaïques de Rupnik définitivement recouvertes
Lourdes : les mosaïques de Rupnik recouvertes

À Lourdes, les mosaïques de la basilique du Rosaire, œuvre du prêtre slovène Marko Rupnik, accusé de violences psychologiques et sexuelles, sont désormais définitivement recouvertes. Cette décision, annoncée par l'évêque de Tarbes et Lourdes, Jean-Marc Micas, intervient alors que le pape Léon XIV doit rencontrer ce dimanche après-midi sept victimes de violences sexuelles au sein de l'Église en France.

Une œuvre controversée au cœur du sanctuaire

Marko Rupnik, théologien et mosaïste de 71 ans, est accusé d'avoir exercé des violences psychologiques et sexuelles sur au moins une vingtaine de femmes pendant près de 30 ans, notamment au sein de la communauté qu'il dirigeait à Ljubljana, aujourd'hui dissoute. Exclu de l'ordre des jésuites en 2013, il fait l'objet de lourdes accusations qui ont conduit à une réflexion sur la présence de ses œuvres dans les lieux de culte.

La basilique du Rosaire, au cœur du sanctuaire qui accueille 3 millions de visiteurs chaque année, est l'un des principaux sites où sont exposées ces mosaïques à l'esthétique rappelant l'art byzantin. Pour les victimes de violences sexuelles venues chercher à Lourdes un message de consolation, se retrouver face à l'œuvre du prêtre est surtout un rappel douloureux de leur agression. Selon Jean-Marc Micas, « la présence de ces mosaïques, et ce qu'on découvrait de leur auteur, était devenu pour elles un empêchement » de venir au sanctuaire.

Une décision progressive et saluée par les victimes

Dès 2023, Jean-Marc Micas avait lancé une réflexion sur le sujet. En juillet 2024, il avait décidé de ne plus éclairer les mosaïques la nuit, puis en mars 2025 de les recouvrir partiellement. « Le voyage du pape est l'occasion de la troisième étape : couvrir l'ensemble des mosaïques définitivement », explique l'évêque. Cette décision intervient alors que le pape doit rencontrer des victimes de violences sexuelles, un geste qui n'est pas anodin.

Dans une lettre envoyée au pape mercredi, cinq femmes accusant le prêtre slovène ont salué la décision de Jean-Marc Micas, y voyant « un geste très fort et courageux ». Elles expliquent que « d'autant plus que nous n'avons jamais senti un climat de solidarité à notre égard », en déplorant par exemple de ne pas être tenues au courant du procès canonique intenté à leur agresseur, pour lequel cinq juges ont été désignés au Vatican en octobre 2025. « Abusées et dénigrées, nous continuons à subir la violence dans un silence de plomb et l'indifférence de ceux qui ont été appelés à décider sur nos vies », affirment-elles.

Un processus pour le bien des personnes et l'universalité du message de Lourdes

En 2024, ces femmes avaient demandé à l'Église le retrait de toutes les œuvres de Marko Rupnik exposées dans divers lieux de culte : Fatima, Damas, Washington et jusqu'au Vatican. C'est à Lourdes que l'une d'entre elles, la religieuse et artiste Sœur Samuelle, a posé en juin les dernières tesselles de sa mosaïque monumentale Renaissance, un projet créé collectivement avec d'autres victimes de violences sexuelles et leurs soutiens, et qui sera dévoilé dans sa totalité à l'automne.

Le débat autour de l'œuvre de Rupnik a longtemps soulevé des passions au sein de l'Église. Jean-Marc Micas a choisi d'agir en douceur, et de façon très progressive sur le sujet : « C'est vraiment un processus pour le bien des personnes qui viennent au sanctuaire et pour l'universalité du message de Lourdes », explique-t-il. Selon lui, le choix de recouvrir totalement les mosaïques « est apprécié par le pape ». Rien d'étonnant alors que Léon XIV avait demandé, peu après son élection en mai 2025, que toutes les illustrations de Rupnik soient retirées de la communication du Vatican.