Longe-côte : trois morts en une semaine, pratique dangereuse ?
Longe-côte : trois morts en une semaine, est-ce dangereux ?

Trois morts en une semaine : le longe-côte est-il dangereux ?

Dans l’Hérault et le Finistère, trois décès en moins d’une semaine ont mis le longe-côte sous les projecteurs. Le 14 mai, deux personnes sont mortes au Conquet (Finistère). Cinq jours plus tôt, le 9 mai, une participante est décédée lors du championnat interrégional Occitanie-Paca à Carnon (Hérault). Faut-il considérer cette activité comme risquée ? Pour François Bou, chargé de développement du longe-côte au comité départemental de randonnée pédestre de l’Hérault, le problème vient surtout d’une mauvaise perception : « Les gens pensent souvent que le longe-côte, c’est simplement marcher dans l’eau. Mais ils oublient qu’on reste en mer, dans un environnement qui peut devenir dangereux. »

Une discipline accessible mais pas sans risques

Créé en 2005 par Thomas Wallyn, entraîneur d’aviron, le longe-côte compte aujourd’hui 15 000 licenciés en France. Il se pratique immergé entre le nombril et les aisselles. Bien encadré, il offre de nombreux bienfaits : faible impact articulaire, travail cardiovasculaire, stimulation du retour veineux, amélioration du souffle et renforcement musculaire. « En termes de bénéfices, il n’y a que du positif », souligne François Bou. Mais attention à ne pas confondre accessibilité et absence de danger. Jean-Pierre Bastié, référent national longe-côte à la Fédération française de la randonnée pédestre, précise : « Le longe-côte n’est pas un sport dangereux », à condition de le pratiquer dans un club (200 en France, dont 32 en Occitanie) et de sortir dans des conditions de mer raisonnables.

Les conditions de pratique en question

Au Conquet, la sortie aurait eu lieu en pratique libre, sans encadrement, sur un site non référencé par la Fédération. Les sites reconnus font l’objet d’une expertise sur l’exposition au vent, la houle, les courants, la cohabitation avec d’autres usages nautiques et les dangers éventuels. Le site breton n’était pas référencé en raison de son exposition aux conditions météo et maritimes. « Les clubs de notre fédération ne sortiraient pas » dans de telles conditions, ajoute Jean-Pierre Bastié. En cause : une mer trop formée, des vagues, des courants, un site exposé. La météo doit être vérifiée avant chaque sortie : hauteur et fréquence de la houle, vent, température de l’eau, alertes météo, risque de submersion. En cas de houle importante, de vent fort ou d’orage, la sortie doit être annulée. Les mois de mars et novembre sont particulièrement délicats en raison des tempêtes d’équinoxe. Des outils comme Météo-France Marine, Windguru ou les webcams de plage permettent de s’informer.

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Pourquoi ne pas pratiquer seul ?

La pratique solitaire est l’autre ligne rouge. Dans l’eau, un malaise laisse très peu de marge. Sur terre, une personne qui chute peut être secourue. En mer, même avec peu de profondeur, la situation peut basculer rapidement. « Si vous êtes seuls et que vous faites un malaise, vous risquez de vous noyer en quelques minutes », prévient Jean-Pierre Bastié. Le longe-côte en solitaire est donc fortement déconseillé, voire interdit dans les clubs fédérés. Les sorties encadrées doivent prévoir un animateur formé, un assistant, du matériel de secours, des moyens de flottaison et une organisation du groupe. Le froid constitue un autre facteur de risque : une entrée brutale dans une eau froide peut accélérer le rythme cardiaque ou provoquer un choc thermique. L’équipement doit être adapté : combinaison, chaussons, gants, protection de la tête en hiver.

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Les seniors sont-ils plus exposés ?

Les deux experts se gardent d’en faire une règle absolue. Tout dépend de l’état de santé, de l’intensité et des conditions. Une personne âgée dans une mer calme peut pratiquer sans difficulté si elle est bien encadrée. Mais seule, dans une eau agitée, elle se met en danger. Le décès à Carnon relève d’un contexte très différent : une compétition encadrée, avec secours et arbitres, où la participante très expérimentée aurait été victime d’un malaise cardiaque. Ces accidents restent rares. « Le longe-côte n’est pas un sport dangereux », insiste Jean-Pierre Bastié, à condition de « rester humble devant les éléments » et de ne pas chercher à « braver » la mer.