Locations touristiques détournées pour la prostitution : un fléau qui s'intensifie en France
Hors saison, les locations de courte durée sur des plateformes comme Airbnb et Booking sont de plus en plus utilisées à des fins de prostitution, permettant aux proxénètes de réserver discrètement. Ce phénomène prend de l'ampleur dans les grandes villes françaises, comme en témoigne une enquête menée à La Rochelle.
Un habitant de La Rochelle mène une enquête méthodique
Antoine, un habitant du quartier Saint-Eloi à La Rochelle, a entrepris depuis près d'un an de rassembler des preuves contre cette activité illégale. Propriétaire quadragénaire, il lutte contre les « locataires » de passage dans deux appartements mitoyens à son domicile, proposés en location de courte durée. Malgré des mains courantes, des appels à la police et des signalements aux plateformes, il observe, impuissant, que la prostitution se poursuit sous les yeux de sa famille.
Méthodiquement, il compile des données, créant une carte interactive hyper-documentée qu'il a transmise à la police nationale. Bien qu'une enquête soit ouverte, les nuisances persistent, avec des allées et venues d'hommes à répétition et des clients se trompant d'adresse.
Un phénomène exponentiel et difficile à combattre
Ce problème n'est pas nouveau mais s'intensifie, qualifié d'« exponentiel » par d'autres propriétaires. Les forces de l'ordre avouent leur impuissance, manquant de preuves concrètes pour intervenir. Les prostituées, souvent étrangères et mobiles, prétendent recevoir des amis, compliquant les actions judiciaires.
Le député du Pays basque, Iñaki Echaniz, porteur de la « loi anti-Airbnb », n'est pas surpris. Il souligne que les meublés de tourisme facilitent les réseaux de proxénétisme et les trafics de stupéfiants, avec moins de contrôles que dans les hôtels.
Les risques pour les propriétaires et les actions en justice
Antoine a décidé de déposer plainte pour troubles du voisinage. En se faisant passer pour un client sur un site libertin, il a identifié des adresses liées à des annonces de meublés de tourisme. Sur une période d'octobre 2025 à janvier 2026, il a recensé 40 nuits réservées pour la prostitution dans les appartements voisins et 44 nuits dans un logement du même propriétaire en centre-ville.
Les propriétaires informés de ces activités risquent gros. Hervé Charles, vice-procureur à La Rochelle, explique que l'aide ou la protection de la prostitution, qualifiée de « proxénétisme hôtelier », est passible de sept ans d'emprisonnement et de 150 000 euros d'amende. En octobre dernier, trois hommes ont été condamnés pour proxénétisme à La Rochelle, impliquant des appartements dans plusieurs villes.
Malgré cela, Myriam Akkari, directrice interdépartementale de la police nationale de la Charente-Maritime, admet que ces affaires, bien que récurrentes, ne sont pas une priorité comparée au narcotrafic. Le propriétaire des lieux concernés, fatigué par la situation, envisage de vendre le bâtiment, tandis que les nuisances continuent de perturber le quartier.



