Après une nuit de lutte acharnée contre un incendie parti de Haute-Loire, le hameau de Ligeac, en Lozère, a échappé au pire. Habitants, élus et sapeurs-pompiers racontent comment 150 hectares sont partis en fumée, sans qu'aucune habitation ne soit détruite.
Un feu fixé après une nuit d'efforts
Les panaches de fumée sont visibles à plusieurs kilomètres à la ronde. Depuis le lac de Naussac, en se rapprochant des Sinzelles, hameau de la commune de Naussac-Fontanes, l'air est de plus en plus chargé. Là, le poste de commandement tactique est installé. Des sapeurs-pompiers se reposent. L'état-major suit la situation. Il est 10 h, en ce mardi 7 juillet 2026. Le gros du travail est passé. L'incendie, qui s'était déclaré dimanche en Haute-Loire, avant de sauter l'Allier le lendemain, est fixé depuis le petit matin. Le sinistre a détruit 150 hectares de végétation, une surface considérable équivalente à environ 210 terrains de football.
Jusqu'à 150 pompiers mobilisés
"À présent, on contrôle les fumerolles et les lisières, confie le colonel Bruno Doury, directeur adjoint du Service départemental d'incendie et de secours de la Lozère. Nous avons aussi deux hélicoptères bombardiers d'eau pour les parties les plus inaccessibles." Le haut gradé ne crie néanmoins pas victoire. De mauvaises conditions météorologiques pourraient favoriser une reprise. Des paramètres particulièrement défavorables, la veille, avaient d'ailleurs permis au feu d'atteindre le pays des Sources : un vent de nord-est de 35-40 km/h, une température de plus de 30 °C, une végétation sèche et une humidité relative de l'air de 20 %. À titre de comparaison, cette dernière était de 16 % lors du feu gigantesque qui a parcouru 900 ha dans l'Aude, la semaine dernière.
Dans la nuit, jusqu'à 150 sapeurs-pompiers ont lutté contre les flammes autour du hameau de Ligeac, sur la commune de Saint-Bonnet-Laval. Ces derniers ont été appuyés par de nombreux agriculteurs venus de loin pour prêter main-forte.
Une solidarité agricole remarquable
"Ils nous ont aidés avec de grandes quantités d'eau, les remercie le colonel Doury. Certains avaient des cuves de 15 000 litres. En plus, leurs tracteurs passent partout et ils connaissent le terrain, les petits chemins…" Difficile de les dénombrer. Certains habitants évoquent jusqu'à 120 engins. Une solidarité qui émeut Thierry Lafont, maire de Saint-Bonnet-Laval : "Voir la mobilisation des gens sur un incendie d'ampleur, qui a failli faire des ravages, ça me touche particulièrement. Les agriculteurs sont venus d'un rayon important, de Châteauneuf-de-Randon, de Montbel, de Saint-Denis-en-Margeride, de Grandrieu, de La Panouse ou encore de Saint-Christophe-d'Allier, en Haute-Loire. Notre pays n'est pas foutu, entre guillemets, parce qu'il y a encore cette solidarité, cette entraide, et ça, ça fait chaud au cœur."
L'édile rappelle en filigrane que le village de Ligeac aurait pu disparaître, tant il a été encerclé par les flammes. Certaines habitations ont été sauvées de justesse, à l'image de celle de Sylvain, originaire de Nîmes. Sa maison de famille est intacte. Cependant, le feu s'est arrêté à cinq petits mètres de ses fondations.
Témoignages d'habitants éprouvés
"Je suis venu ce matin en catastrophe, témoigne-t-il. On s'est fait du mouron toute la nuit. Il n'y a pas de dégâts, certes, mais je pense aussi à la faune et à la flore qui ont été détruites, et à toutes les parcelles des agriculteurs." Plus haut, Laura et Guillaume ont vu les flammes se rapprocher. "J'ai pris ma maman et mes grands-parents en situation de handicap, et on est partis, explique la jeune femme. En gros, les femmes sont parties, les hommes sont restés." Chez eux, quelques modestes dégâts : un chenil et une cabane pour la volaille. En revanche, comme chez Sylvain, les alentours sont entièrement calcinés. "Les pompiers et les agriculteurs ont sauvé le village", constate simplement Guillaume.
Préparation et vigilance accrues
"Nous avons effectué de la défense des points sensibles, pour protéger les habitations, confirme le colonel Doury. Cela consiste à arroser les maisons tout en attaquant le feu. Elles ont toutes été préservées." Depuis des mois, la Lozère se prépare à un été bouillant. Le feu du 23 avril, à Altier, avec 100 ha détruits, avait été une première grosse alerte. Enedis est intervenu pour rétablir l'électricité sur les lignes basse tension.



