Les lettres de Marguerite Voiron, conservées et mises en valeur par les Archives municipales de La Seyne-sur-Mer, constituent un témoignage exceptionnel sur les bombardements d'août 1944. Installée depuis 1932 avec son mari Charles Godiani au 5, boulevard du 4-Septembre, cette employée des PTT écrit régulièrement à ses proches, décrivant la peur, les destructions massives et une ville qui se vide.
Un bombardement dévastateur le 29 avril 1944
Dans l'une de ses lettres les plus saisissantes, écrite juste après le bombardement du samedi 29 avril 1944, Marguerite raconte : « Je n'ai réalisé que lorsque j'ai vu la rue pleine de poussière et de fumée. La bombe venait de tomber au bas du cours et j'étais chez Gil où j'étais rentrée pour me mettre à l'abri car la sirène a sifflé en même temps que les bombes tombaient. » Ce jour-là, les bombardiers américains visent notamment les Chantiers et l'état-major allemand. Environ 700 bombes de 500 ou 1 000 kg s'abattent sur La Seyne et ses environs, mais seulement quatre atteignent les Chantiers, le reste frappant le centre-ville et plusieurs quartiers.
À sa sortie, elle découvre une ville méconnaissable : « Quelle horreur ! Pauvre Seyne ! » Elle énumère les vitres du magasin de Marcelle soufflées, la rue Cyrus-Hugues couverte de débris, la maison de son marchand de journaux touchée. Vers le port, « un gros pâté de maisons par terre. Les victimes, des morts et des blessés. » Elle conclut : « C'est horrible et je n'ai pas encore réalisé toute l'horreur de ce quart d'heure. » Le bilan est effroyable : 130 morts pour la seule journée du 29 avril 1944, dont 14 victimes non identifiées.
Une peur qui transforme la ville
Dans une autre lettre, Marguerite confie : « Les jours suivants on aurait dit qu'on m'avait rouée de coups et je crois que s'ils revenaient j'aurais peur ! Je commence à perdre ma belle confiance et à me demander si je m'en sortirai. » La Seyne compte alors des milliers de sinistrés et 65 % de ses immeubles sont détruits ou endommagés. Les images du bombardement ne la quittent plus : « D'avoir vu ces maisons en ruines, ces vitres brisées, ces pierres partout, ces morceaux de bois, ces blessés sur les brancards, ça m'a fait une de ces impressions ! »
La peur transforme la géographie de la ville : « La basse ville a déménagé vers la haute ville. » Les habitants cherchent refuge loin du port et des Chantiers, et beaucoup quittent complètement La Seyne. Lors d'une nouvelle alerte, elle observe : « Si vous aviez vu les Seynois tous en chœur rentrer le cou dans les épaules, ça a été instinctif. »
Privations et tensions aux Chantiers
Marguerite raconte aussi les privations : la viande se fait si rare qu'elle écrit avec ironie « Nous en touchons tous les trente-six du mois. » Le gaz manque, le charbon se récupère après de longues files d'attente, et l'électricité devient un problème : « Maintenant c'est la lumière. Le soir, impossible de faire un point. » Les commerces ferment, le marché se vide.
Aux Chantiers, une grève d'un jour et demi éclate, mais les Allemands menacent : « Les Allemands ont menacé de faire du vilain si ça continuait. » Sur le littoral, les Sablettes sont minées : « Les Sablettes ressemblent à tout sauf une plage », écrit-elle, avant de déplorer « C'est bien triste, un si joli pays ! Tout est miné. »
Un témoignage à redécouvrir
Entre alertes, pénuries et destructions, une même lassitude résume ces mois de guerre : « Quand donc nous laissera-t-on tranquilles ! » La correspondance de Marguerite Voiron est à retrouver sur le site des Archives municipales de La Seyne-sur-Mer, permettant de revivre cette période à hauteur d'habitante.



