Ce dimanche 30 août, à L'Escarène, dans l'arrière-pays niçois, la tradition du «trempage copieux» a été perpétuée. La maire de la commune, Céline Duquesne, a mouillé les pieds de la statue de saint Augustin, devant la chapelle Saint-Pancrace, perchée sur les hauteurs du village, afin d'invoquer la pluie. La cérémonie, qui se déroule chaque année à l'occasion de la Saint-Augustin, fêtée le 28 août, a réuni une petite cinquantaine de paroissiens.
Une procession particulière autour de la chapelle Saint-Pancrace
La procession a commencé par une messe dominicale, célébrée par le père Jean-Guy à 10 h 45. Après une heure, le moment de la rogation est arrivé, une invocation au ciel pour favoriser les récoltes, qui remonte à des temps immémoriaux et qui a pris ici le nom de «trempage copieux». La statue de saint Augustin a été sortie de la chapelle, portée en procession autour de celle-ci, avec des chants religieux et des bénédictions. Trois tours ont été effectués.
Puis, la maire Céline Duquesne a plongé ses mains dans une bassine et a mouillé copieusement les pieds de la statue. Une ultime supplique du père Jean-Guy, appuyée par de grands coups de goupillon, a suivi : «Saint Augustin, intercède pour nous, demande à Dieu de nous donner les pluies dont nous avons besoin toute l'année. Amen.»
Une tradition qui remonte à la nuit des temps
Jean-Pierre Bellomia, retraité et organiste de longue date, connaît bien la tradition. «Au début, ce n'était qu'une prière pour saint Augustin, réputé apporter la pluie lors des années de sécheresse, raconte-t-il. Petit à petit, pour accentuer la prière, on s'est mis à tremper les pieds de la statue dans l'eau. Mais ce n'était pas systématique, c'était uniquement les années de grande sécheresse. Ensuite, on faisait trois fois le tour de la chapelle. Mais c'est une tradition qui remonte à la nuit des temps.»
À l'époque, tout le monde partait à pied du village, en bas. «Un grand feu était même allumé sur le parvis de la chapelle pour rappeler aux Escarénois que le lendemain, il y avait la procession. Et les gens venaient passer la journée ici, mangeaient ensemble. Avant, c'était très festif, il y avait beaucoup plus de monde qu'aujourd'hui», ajoute Jean-Pierre Bellomia.
Des participants fidèles et une météo sèche
Rachelle Tobon, 100 ans, est une habituée du «pèlerinage». Assise devant la chapelle ce dimanche, elle attendait à l'ombre le début de la messe. Cette année, elle est montée en voiture, par une route sinueuse où deux véhicules peuvent difficilement se croiser. «Tous les ans, on vient pour invoquer la pluie. À l'époque, on montait à pied par un raccourci, c'était plus rapide qu'en voiture», plaisante-t-elle. Interrogée sur l'efficacité de la tradition, elle répond dans un éclat de rire : «Pas vraiment.»
Roger et Betty Aris, un couple presque octogénaire de L'Escarène, montent à pied chaque année depuis leur retraite. «Quand j'étais enfant de chœur, je montais à pied aussi, enchaîne Roger, adepte de la randonnée. Ça me fait toujours rire de voir des gens assez jeunes monter en voiture, mais bon ici, la tradition, la religion, c'est fini, tout est fini. À Blausasc, il y a beaucoup plus de monde.»
La chapelle, construite en 1697 et rénovée en 2023, est entourée d'oliviers et surplombe la vallée des Paillons. Au XVIIIe siècle, elle avait été transformée en fortin pendant la guerre de succession d'Autriche, en raison de sa position stratégique.
Après la cérémonie, l'heure du verre de l'amitié a sonné. Pour l'année prochaine, la maire Céline Duquesne a annoncé vouloir redonner un coup de peps à la tradition : «On essaiera d'organiser un gros pique-nique, avec un départ à pied depuis le village pour ceux qui veulent.» La météo, elle, n'annonce pas une goutte de pluie de la semaine.



