Kobili Traoré, meurtrier de Sarah Halimi, impliqué dans une séquestration violente à Paris
Kobili Traoré, meurtrier de Sarah Halimi, arrêté pour séquestration

Un fait divers violent implique l'auteur du meurtre de Sarah Halimi

Le 27 janvier dernier, trois individus ont séquestré un homme dans son appartement du XVIe arrondissement de Paris. La victime a été ligotée, frappée, aspergée de gaz lacrymogène et, selon les informations de TF1, brûlée avec une cigarette. Les agresseurs ont dérobé les objets de valeur présents dans le logement, dans le cadre d'un litige financier lié à des stupéfiants.

Arrêtés cette semaine, les suspects doivent être présentés ce vendredi à un magistrat en vue d'une mise en examen pour enlèvement, séquestration et vol avec arme. Ces faits sont passibles de vingt ans de réclusion criminelle.

Le passé tragique de Kobili Traoré

Ce qui donne à ce fait divers une résonance particulière est l'identité de l'un des agresseurs présumés : Kobili Traoré. Il y a neuf ans, dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, cet homme a battu et défenestré Sarah Halimi depuis l'immeuble où elle vivait, rue Vaucouleurs, dans le XIe arrondissement de Paris.

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Kobili Traoré n'a jamais été jugé pour ce crime. En décembre 2019, la justice l'a déclaré pénalement irresponsable, une décision confirmée en avril 2021 par la Cour de cassation. Cette issue a constitué un traumatisme profond pour la famille de la victime et pour une partie de la communauté juive française, convaincue que l'auteur de ce meurtre à connotation antisémite devait répondre de ses actes.

Des expertises psychiatriques divergentes

Les expertises qui ont conduit à la décision d'irresponsabilité pénale étaient contradictoires. En septembre 2017, le psychiatre Daniel Zagury avait conclu à une simple altération du discernement, estimant que Kobili Traoré avait connu une « bouffée délirante aiguë » qui n'excluait ni la préméditation ni l'antisémitisme.

En juin 2018, trois autres psychiatres ont conclu au contraire à une abolition totale du discernement, liée notamment à sa consommation de cannabis. Une troisième expertise, un an plus tard, a confirmé cette position. Sur cette base, les juges ont retenu l'irresponsabilité pénale et ordonné l'hospitalisation de Kobili Traoré avec des mesures de sûreté pour vingt ans.

Une commission d'enquête parlementaire critique

En juillet 2021, à l'initiative du député Meyer Habib, une commission d'enquête parlementaire a été formée pour examiner les « éventuels dysfonctionnements de la justice et de la police » dans l'affaire Sarah Halimi. Tout en respectant la séparation des pouvoirs, cette commission a multiplié les critiques contre les magistrats et les enquêteurs.

Les auditions ont mis en lumière un sentiment largement partagé : le meurtre de Sarah Halimi aurait embarrassé les autorités à deux semaines du premier tour de l'élection présidentielle de 2017.

Les éléments antisémites du crime

Plusieurs éléments ont établi le caractère antisémite du meurtre :

  • Kobili Traoré savait que Sarah Halimi était juive
  • Il fréquentait une mosquée fondamentaliste du XIe arrondissement
  • Il a effectué des gestes rituels avant le meurtre
  • Plusieurs témoins l'ont entendu crier « Allah akbar » pendant l'agression

Le docteur Daniel Zagury a expliqué devant la commission que « la thématique antisémite est fréquemment repérée dans les efflorescences délirantes des sujets musulmans ».

La question de la simulation

Un témoignage indirect évoqué devant la commission d'enquête a soulevé l'hypothèse d'une simulation. Une infirmière aurait déclaré à un journaliste : « Kobili Traoré ne prend pas de traitements, il n'est pas malade, c'est un grand simulateur ». Elle ajoutait qu'il continuait à fumer du cannabis et refusait d'être soigné par une infirmière juive par crainte de récidiver.

Avant le meurtre de Sarah Halimi, Kobili Traoré avait déjà plus d'une dizaine de condamnations à son actif. Après son interpellation cette semaine, un psychiatre l'a jugé apte à être entendu en garde à vue, estimant qu'il « ne présentait pas de symptomatologie aiguë ».

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Un régime psychiatrique assoupli

Après moins de trois ans en unité pour malades difficiles, Kobili Traoré avait accédé à un régime plus souple lui permettant de circuler hors de l'hôpital psychiatrique. Selon le frère de Sarah Halimi, William Attal, il avait occasionnellement la possibilité de dormir chez sa mère dans le XIIIe arrondissement de Paris.

Les deux autres individus arrêtés avec lui sont également « connus pour faire l'objet de soins psychiatriques ». Le parquet de Paris précise que les investigations devront déterminer si Kobili Traoré était en permission de sortie ou en fuite au moment des faits.

Les réactions des avocats de la famille Halimi

Pour Me Nicolas Benouaiche, avocat de la belle-sœur de Sarah Halimi, cette nouvelle affaire pose une question cruciale : « La question que pose cette nouvelle affaire est de savoir s'il a récupéré son discernement ou si, en fait, il l'a toujours eu ». L'avocat est convaincu qu'il n'y a « jamais eu d'irresponsabilité pénale ni d'abolition du discernement » mais une dissimulation.

Me Muriel Ouaknine-Melki, avocate de William Attal, estime que l'affaire Sarah Halimi constitue « une erreur monumentale de la justice ». Elle déclare : « Nous l'avions dit devant la chambre de l'instruction : dès qu'il ressortira, il recommencera. Heureusement, le pire a été évité ».

La possibilité de rouvrir le dossier Halimi

La famille de Sarah Halimi souhaiterait rouvrir le dossier, mais Me Nicolas Benouaiche considère que « la partie est loin d'être gagnée ». Il faudrait prouver que Kobili Traoré a simulé pendant les expertises et voir si cela constitue un élément nouveau permettant de rouvrir les débats. « C'est très, très loin d'être évident à ce stade », affirme l'avocat.

Le cinéaste François Margolin, auteur du documentaire Sarah Halimi : un crime antisémite sorti en 2023, a remarquablement illustré le sentiment d'injustice au sein de la communauté juive française. Il souligne que « Kobili Traoré se promenait déjà en liberté » au moment de la diffusion de son film, et que « il se produit exactement ce qu'on pouvait redouter ».