Ingénieur le jour, livreur de drogue la nuit : l'étrange double vie d'une petite main du trafic de stups à Paris
Depuis quatre ans, ce quadragénaire livre de la drogue pour le compte d’un trafiquant incarcéré. Il a été arrêté à Paris en possession de 168 g d’héroïne… pour une simple histoire de clignotant. Et assure aujourd’hui qu’il veut changer de vie.
Ingénieur en CDI et livreur d’héroïne, c’est possible. « Je suis victime d’une situation dans laquelle je suis tombé et j’avais vraiment besoin que ça s’arrête », explique ce quadragénaire.
Cet homme barbu a été écroué après sa mise en examen, le 28 avril dernier à Paris, pour « blanchiment, détention et acquisition non autorisée de stupéfiants ». La justice lui reproche d’avoir été la cheville ouvrière d’une équipe de malfaiteurs qui agit, depuis 2022 à Paris, sa banlieue et en province. Mardi, il comparaissait devant la chambre de l’instruction de la capitale pour demander sa remise en liberté, estimant que la justice devrait récompenser sa pleine collaboration. « Je ne suis pas un voyou et j’aimerais retrouver mon travail et me faire soigner », ajoute-t-il.
Le 25 avril, il est 18h50, boulevard de la Villette (XIXe), quand les policiers contrôlent une Peugeot qui tourne sur la gauche sans mettre son clignotant. Le véhicule s’arrête dans une rue voisine. À bord, un conducteur et une femme semblent stressés. La dame dissimule un sac entre ses jambes et, rapidement, l’homme leur remet un sac contenant 168 g d’héroïne.
Ils sont placés en garde à vue et une perquisition est menée chez lui. Les fonctionnaires y trouvent encore environ 500 g de « white Lady », l’un des surnoms de cette puissante drogue opiacée, dissimulés dans un sac Carrefour City.
Accro aux courses de chevaux et criblé de dettes
Devant la brigade des stupéfiants, le quadra au casier judiciaire vierge passe rapidement aux aveux. Il précise qu’il livre des produits stupéfiants depuis quatre ans, notamment de la résine de cannabis, de la cocaïne et, pour la première fois, de l’héroïne pour le compte d’un mystérieux commanditaire.
Bien qu’il travaille pour une société parisienne qui l’emmène sur des chantiers dans toute la France, pour un salaire de 3 000 euros par mois, il n’a jamais pu se défaire de l’emprise que cet homme avait sur lui. Pourquoi ? Parce qu’il est accro aux courses de chevaux et, comme tous les joueurs, il aurait des dettes. Et cette situation l’aurait conduit à travailler pour un dealer.
Ce trafiquant le tiendrait sous sa coupe depuis la cellule de sa prison et communique avec lui via Snapchat. Le livreur assure qu’il est en permanence menacé par ce malfrat et il aurait été contraint de récupérer six pains de 500 g d’héroïne qu’il gardait à son domicile. Que sont-ils devenus ? Il aurait vendu deux pains et les autres auraient été volés par un autre malfrat sur le parking d’un magasin Aldi à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis).
Il reconnaît depuis ses débuts avoir écoulé des produits stupéfiants une à deux fois par mois. Il s’agirait avant tout de résine de cannabis qu’il dépose au niveau des communes de Le Mée-sur-Seine (Seine-et-Marne) ou Melun, mais aussi du côté de la Mayenne. Il lui arrivait aussi de transporter de la cocaïne.
Son avocate, Me Cécile Anglade, estime que la justice devrait considérer la bonne volonté de son client et « au moins envisager une alternative à l’incarcération ». Elle rappelle la teneur des menaces subies par son client : « Ton heure va arriver, tu vas payer, je vais te buter, j’appelle ton daron, envoyer mon pote qui va s’occuper de ta famille ». Et le conseil d’ajouter que, « en prison, ça va être pire. En novembre 2025, il s’est même rendu au commissariat pour dénoncer les faits, cette situation dont il voulait sortir. Est-ce qu’on l’a aidé ? Est-ce qu’on lui a apporté un soutien quelconque ? Non ».
« Ce monsieur a choisi »
De l’autre côté de la barre, l’avocat général rappelle que, lorsque l’on choisit « de tremper dans un trafic de stupéfiants pendant plusieurs années, on choisit aussi de prendre des risques pour soi, pour sa famille. Ce monsieur a choisi de s’endetter et de faire appel à des personnes peu recommandables ».
Le magistrat estime que la justice ne l’a pas mis en danger derrière les barreaux. « S’il est en détention provisoire, c’est pour faire en sorte que l’enquête de police puisse se poursuivre de manière sereine. Et notamment pour l’empêcher de prendre contact avec les commanditaires et de recommencer à livrer de la drogue. » La cour s’est rangée de son côté et a maintenu l’ingénieur derrière les barreaux.



