Guillaume Warmuz : "Lens, ce n'est pas leur club, c'est leur vie"
Warmuz ému pour les Lensois après la victoire en Coupe de France

Il a d'abord brandi la Coupe de France, qu'il n'avait pourtant pas pu gagner en 1998, lors du protocole d'avant-match. Guillaume Warmuz, le gardien de but des Lensois champions de France la même année, a fêté ses 56 ans vendredi soir au Stade de France et a vécu la victoire des Nordistes comme un magnifique cadeau d'anniversaire. Au lendemain de ce succès, il est revenu sur le lien invisible qui va désormais unir les héros lensois de 1998 et de 2026.

Un trait d'union entre deux générations

Interrogé sur ce trait d'union entre son époque et la génération lensoise actuelle, Guillaume Warmuz répond avec émotion : "Oui car j'y vois une unité. Nous, on a remporté le seul titre de champion du club et on se sent toujours comme un alpiniste qui a gravi un sommet inviolé. On était les premiers mais dans ce 'en premier', il nous manquait une face de la montagne, la plus belle : Notre-Dame de la Coupe de France. Nous, on avait perdu en finale contre le PSG. La génération 2026 vient de réussir à passer par cette voie. Elle a réussi ce qu'on avait manqué. Nos deux générations ont brillé mais elle, elle vient de tuer le père dans le sens où elle a essayé de faire mieux que lui. C'est vraiment le sens du message que j'avais essayé de transmettre aux joueurs avant le match : 'Dépassez-nous.'"

Un message de transmission

Warmuz raconte comment il a été invité par Pierre Sage et Benjamin Parrot à parler aux joueurs jeudi : "Je suis allé les voir jeudi à la demande de Pierre Sage et de Benjamin Parrot, le directeur général. Je leur ai parlé pendant vingt minutes pour leur faire prendre conscience de la notion de transmission. C'est long vingt minutes. J'ai parlé notamment de la notion du manque, pour moi, d'avoir perdu la finale en 1998. Que cela restait et, qu'eux, ils avaient la possibilité de ne pas ressentir ce vide. J'ai dit exactement les choses comme elles étaient et comme je les ressentais. J'avais l'impression d'être dans une famille avec le rôle de l'aîné. Il fallait qu'ils comprennent qu'ils étaient là pour récupérer ce manque et le combler. C'était leur rôle."

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Il se considère comme un "passeur de réalité" : "Plutôt un passeur de réalité. C'était le moment opportun pour dire les choses et bien faire sentir aux joueurs qu'ils n'étaient justement pas que des joueurs. Mais des héritiers de l'identité du RC Lens. Ils étaient là grâce à un long passé et c'était leur tour de conclure. Ils m'ont écouté et vendredi soir, j'ai eu le plus beau cadeau d'anniversaire. Même si mon cadeau, c'était d'avoir pu leur parler avant. On parle d'union et d'unité mais cela signifie vraiment quelque chose ici."

La ferveur lensoise au Stade de France

La ferveur lensoise au Stade de France a stupéfié le pays. Warmuz explique : "Pour comprendre Lens, il faut bien réaliser tout ce qu'est ce club depuis sa création en 1906. Il y a la ville mais aussi ses traditions. L'ouvrière, le prolétariat, la place du foot dans ce monde. Et pour cette notion de transmission si chère à mon cœur, il y a des rouages de valeurs. Ce club, c'est bien sûr tous les joueurs et les dirigeants passés et actuels. Mais l'endroit compte plus que tout. Ici, personne n'a varié sur des mots comme l'abnégation ou la fidélité. Ici, le peuple lensois ne réclame pas que du jeu et du talent."

Interrogé sur ce que veulent les supporters, il répond : "Ce maillot, c'est le sang des mineurs et l'or dans leurs espoirs. Ce n'est pas un cliché. Ici, les gens descendaient au fond de la mine pour gagner leur vie. En échange, il fallait, sur le terrain, leur rendre leur courage. À Lens, il faut appréhender tout cela. Les mines sont fermées mais cela reste. Si on ne le comprend pas en jouant ici, on reste à la porte et on rate l'essentiel. Il faut vivre Lens pour comprendre Lens. Bien sûr, on peut aimer ce club de l'extérieur. Je comprends qu'entendre chanter 'Les Corons', par exemple, cela touche en France. Mais quand on est d'ici, c'est plus grand encore. Leur amour du club est génétique. Les Lensois naissent avec. Ici, on ne se demande pas s'il faut supporter le Racing Club de Lens. Les gens l'aiment de la naissance à la mort parce que c'est eux. Lens, ce n'est pas leur club. C'est leur vie."

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L'émotion de Gervais Martel

Après le match, l'émotion de Gervais Martel, l'ex-président du club, fatigué mais heureux au milieu des joueurs, était touchante. Warmuz commente : "C'est exactement ce que je viens de vous dire. Ici, on n'oublie rien, on poursuit la tradition. Toute la grandeur de cette invitation revient au président Joseph Oughourlian qui s'est fondu dans la solidarité profonde. Gervais, c'est le pur produit de la région. Il a réussi dans les affaires, il est devenu notre président et nous a permis de grimper sur le toit de la France. Gervais a été ce président passionné pour le club qui a tout donné jusqu'à sa chemise et sa santé au nom du Racing."

Il ajoute : "Aujourd'hui, Joseph Oughourlian, comme Gervais, semble s'être fondu dans le club. Il a compris ce qu'est Lens. Et cela l'a changé. Il a trouvé non seulement juste mais aussi nécessaire de faire traverser la pelouse à Gervais pour recevoir la Coupe. À travers ce geste, on était tous là aussi. Nous les anciens de 98. Lens, c'est une courroie de transmission des valeurs. Et le sourire de Gervais, ses yeux brillants, qu'est-ce que c'était beau aussi."