Un refuge improvisé au Soler
Depuis dimanche 19h30, la salle des fêtes du Soler (Pyrénées-Orientales) s'est transformée en refuge pour les habitants évacués à cause du mégafeu qui brûle les villages voisins. Près de quatre-vingts personnes y sont accueillies, selon Véronique Olier, adjointe à la mairie. « Certains arrivent ici presque en pleurs. Deux familles que nous hébergeons ont vu leur maison ravagée par les flammes… C’est très difficile », confie l’élue, impliquée dans la vie politique locale depuis plus de trente ans.
Un accueil salué par les sinistrés
Grégory, sinistré habitant à Corbère-les-Cabanes, fait partie des 10 000 personnes évacuées. Arrivé tard dans la nuit de dimanche à lundi, il garde un œil sur son sac, seule affaire emportée. « La mairie nous a envoyé une alerte sur l’application de la commune nous indiquant qu’il fallait quitter le village et rejoindre la salle des fêtes du Soler », explique-t-il. Depuis, l’attente. « On est bien pris en charge », assure-t-il. Sylvie et Albert, un couple de retraités également évacués de Corbère-les-Cabanes, confirment : « On est nourri, logé… Dans ces moments compliqués, il est vrai que l’on se sent soutenu. »
L’organisation du refuge
Véronique Olier, emmitouflée dans un gilet jaune, fait les cent pas. Elle débarrasse les assiettes, accueille les nouveaux arrivants et vérifie que les 103 lits installés dans une salle attenante au réfectoire sont prêts. « Heureusement que la Croix-Rouge est là. Sans ses bénévoles, on n’y arriverait pas », confie-t-elle. Depuis dimanche, une équipe composée de médecins et de psychologues veille sur les sinistrés. Parmi les résidents du refuge, on compte même un lapin et deux poules.
La solidarité des communes voisines
Plusieurs municipalités, comme Canet-en-Roussillon — touché il y a quelques jours par un incendie — sont venues prêter du matériel. « Des dons de lits qui nous ont bien aidés ! Car on n’était pas forcément prêts à vivre une telle situation », reconnaît l’adjointe au maire. La boulangerie du village a distribué des croissants et des baguettes aux sinistrés, et le café situé à quelques pas a offert une tournée de glaces. « Un supermarché a même ouvert ses portes en pleine nuit afin que l’on achète quelques produits alimentaires », se remémore Véronique Olier.
La fumée, un danger invisible
Les habitants de 26 communes des Pyrénées-Orientales ont été contraints de quitter leur domicile. Si certains ont fui l’avancée des flammes, d’autres ont dû évacuer en raison d’une épaisse fumée. Philippe Albert, maire de Corbère-les-Cabanes, a évacué les mille habitants de sa commune suite à la dégradation de la qualité de l’air. « La ville était envahie par la fumée. Une fumée qui pique, qui prend à la gorge et qui brûle les yeux », explique l’édile. Grégory Darne, habitant évacué, se souvient d’une odeur « âcre, piquante, aigre ».
Une qualité de l’air dégradée
Atmo Occitanie, expert sur la qualité de l’air, classait ce mardi 7 juillet l’air des Pyrénées-Orientales 4 sur 6, soit une appréciation « mauvaise ». La combustion de l’incendie charge l’air de particules fines (PM 2,5) et de particules en suspension (PM 10) à un niveau « élevé ». Ces particules sont particulièrement nocives, car elles peuvent pénétrer dans les poumons et le système cardiovasculaire. Face à ce risque sanitaire, les autorités, par la voix du préfet, ont recommandé de maintenir les fenêtres fermées et de porter des masques FFP2.
L’espoir malgré tout
« Ça fait du bien de sentir cette humanité, ça donne de l’espoir », souffle un réfugié. L’espoir, il en faudra. Dehors, sous la canicule qui touche les Pyrénées-Orientales, les flammes continuent de brûler. L’incendie n’est toujours pas fixé, il a déjà ravagé près de 5 000 hectares. « On aidera les sinistrés pendant plusieurs jours, plusieurs semaines s’il faut », assure Véronique Olier.



