Un hommage à Spaggiari par l'ultra-droite niçoise déclenche une vive controverse
La gauche niçoise monte au créneau contre un événement prévu ce vendredi 17 avril 2026. Le groupuscule d'ultra-droite Aquila popularis organise dans son local de Riquier un hommage à Albert Spaggiari, l'auteur mythique du "casse du siècle" à la Société Générale de Nice en 1976. Cet hommage, qui coïncide avec le 50e anniversaire du célèbre braquage, provoque un tollé immédiat dans les rangs de l'opposition municipale.
La gauche exige l'interdiction immédiate
Juliette Chesnel-Le Roux, élue municipale d'opposition des Écologistes, alerte sur la dangerosité de cet événement. "Ce vendredi, un événement qui célèbre un malfrat, ancien de l'OAS, se tient sous l'égide d'une association d'ultra-droite", dénonce-t-elle dans un courrier adressé au préfet des Alpes-Maritimes, Laurent Hottiaux. Elle qualifie la tenue de cette soirée de "particulièrement préoccupante" et demande une intervention rapide des autorités.
Son colistier aux dernières municipales, Julien Picot, secrétaire départemental du PCF06, exhorte quant à lui le maire Éric Ciotti à agir "sans délai pour interdire l'initiative de ce groupe factieux". Il précise que ce groupe comprendrait "d'anciens militants racistes issus du groupuscule néonazi Les Zoulous, connu pour ses violences".
Le préfet mise sur la sécurité renforcée
Face à cette polémique grandissante, le préfet Laurent Hottiaux adopte une position nuancée. Les services préfectoraux rappellent que "cet événement se tenant dans un lieu privé, il ne fait l'objet d'aucune obligation déclarative". Cependant, le représentant de l'État indique avoir demandé "un dispositif de sécurité renforcé" au regard des récents incidents survenus à Nice.
Le 24 mars dernier, en marge d'un rassemblement antifasciste, des membres du "Front populaire étudiant" avaient été victimes d'une violente agression place Saint-François par ce qu'ils qualifient de "nervis néonazis". Le préfet promet d'engager "toute action nécessaire" et de "saisir le procureur de la République" en cas d'incidents ou d'actes de violences liés à cette soirée.
Aquila popularis : un groupuscule en expansion
Le local d'Aquila popularis, situé à Riquier et baptisé "Lou Barri" (le rempart en provençal), reste volontairement anonyme derrière une vitrine en verre dépoli et une grille de fer. Un membre du groupe, souhaitant garder l'anonymat, explique leur philosophie : "Même si on commence à de plus en plus se montrer, on veut encore rester dans l'ombre. Ce lieu n'a pas vocation à être public".
Apparus après le déclin de Génération Identitaire et la dissolution des Zouaves, ces militants prônent la défense de l'identité niçoise, française et européenne, face à ce qu'ils appellent "l'islamisation" et le "grand remplacement". Leur discours se nourrit de références identitaires et de dénonciation de la délinquance qu'ils jugent en explosion à Nice.
Spaggiari : une icône sulfureuse de l'extrême droite
L'attrait des groupuscules d'ultra-droite pour Albert Spaggiari ne doit rien au hasard. Pour ces nationalistes, "Bert" représente le symbole d'une identité niçoise fière et insoumise. L'ancien parachutiste, radicalisé durant la guerre d'Algérie après avoir rejoint l'OAS, incarne leur rejet des institutions et leur fascination pour la figure du rebelle local ayant défié l'État.
Pourtant, derrière l'image du gentleman cambrioleur cultivée par Spaggiari à Nice, se cachait une réalité plus sombre. La perquisition de sa bergerie à Bézaudun-les-Alpes avait révélé son obsession pour l'esthétique du IIIe Reich, avec une maison baptisée "Les Oies sauvages" en hommage à un chant nazi, et équipée d'un véritable arsenal.
Ce culte de Spaggiari n'est pas nouveau dans les milieux identitaires niçois. Déjà à la Maioun, puis au Bastioun (le local des identitaires de la rue Ribotti rebaptisé Club 15.43), la jeunesse d'extrême droite trinquait en l'honneur de l'auteur du casse du siècle. Un héritage qui, cinquante ans plus tard, continue de fracturer l'opinion niçoise et de susciter des polémiques récurrentes sur la glorification de figures controversées.
L'événement de ce vendredi promet d'être "festif" selon les organisateurs, avec diffusion d'un documentaire et présentation d'archives de presse sur Spaggiari. Mais dans le contexte tendu des Alpes-Maritimes, où les tensions entre groupes d'extrême droite et antifascistes sont récurrentes, cette célébration risque de raviver les divisions au sein de la société niçoise.



