Handicapée et accusée d'exploiter des sans-papiers à Bordeaux
Handicapée accusée d'exploiter des sans-papiers

Une affaire d'exploitation domestique jugée à Bordeaux

Le tribunal correctionnel de Bordeaux examine ce lundi un dossier singulier. Houria, 62 ans, lourdement handicapée et se déplaçant en fauteuil roulant, est soupçonnée d'avoir recruté des sans-papiers pour l'assister à domicile dans des conditions dégradantes. À ses côtés comparaît Khadija, 60 ans, qui aurait servi d'intermédiaire. Toutes deux répondent de traite d'êtres humains, de travail dissimulé, d'emploi de main-d'œuvre étrangère sans autorisation et de sous-location d'un logement social.

Des conditions de vie indignes

Il est reproché à Houria d'avoir employé sans déclaration des personnes sans papiers pour effectuer courses, ménage et soins quotidiens. Khadija aurait d'abord travaillé pour elle avant de devenir recruteuse. Au total, 35 personnes seraient passées par l'appartement HLM de Houria. La plupart y dormaient : certaines dans une chambre, d'autres sur le canapé, voire sur un matelas au pied du lit de la vieille dame. Un cellier de 4 mètres carrés sans fenêtre était même loué à de jeunes femmes marocaines ou algériennes, souvent sans papiers.

Témoignages accablants

L'association Ruelle, qui lutte contre l'exploitation des personnes précaires, a recueilli les témoignages d'une quinzaine de jeunes femmes. Elles décrivent des journées de travail sans pause, sans accès à la cuisine ni aux toilettes, et sans recevoir les 30 euros promis par jour. Certaines rapportent l'agressivité de Houria, comme en témoigne une vidéo où elle jette un flacon de parfum vers une plaignante. Recrutées via Facebook par Khadija, certaines devaient payer 300 euros par mois pour un hébergement dans des chambres sous-louées.

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La défense conteste la qualification de traite

« Les personnes qui venaient chez elle cherchaient un logement. C'est normal qu'elles fassent le ménage », a déclaré Khadija, reconnaissant une situation illégale mais invoquant une entraide. Houria, elle, dénonce des « mensonges » et admet à peine avoir employé quelques jeunes filles sans déclaration. La procureure Mathilde Micolon de Guérines estime au contraire que « on est loin de la belle histoire d'entraide entre voisins mais dans une vraie filière d'exploitation de jeunes femmes ». Elle souligne que les victimes, venues de l'étranger, pensaient travailler comme dames de compagnie et se sont retrouvées sans rémunération, humiliées et privées de nourriture. Le ministère public requiert 15 mois de prison avec sursis probatoire et 3 500 euros d'amende contre les deux prévenues.

Les avocates plaident la bonne foi

Me Nadjet Zaghrir, avocate de Khadija, estime qu'il n'y a pas eu de volonté de piéger ces femmes et que l'exploitation n'est pas démontrée. Me Audrey Boussillon, pour Houria, ajoute que sa cliente recherchait des personnes comprenant son parcours et qu'il n'y a pas de servitude. Le tribunal, présidé par Gérard Pitti, rendra son jugement le 15 juin.

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