Fusillade aux Moulins à Nice : choc et colère après 2 morts et 6 blessés
Fusillade aux Moulins : choc et colère des habitants

Fusillade aux Moulins : le drame qui bouleverse Nice

Un soleil de plomb écrase la place des Amaryllis, cœur battant du quartier des Moulins à Nice. Mais il ne réchauffe pas les cœurs. La vie peine à reprendre ses droits après l'onde de choc qui a balayé le peu d'espoir auquel les habitants s'accrochaient. Une fois encore, une fois de trop, la diagonale du sang a frappé : des tirs ont déchiré la place commerçante de la cité de l'ouest de Nice. Lundi, le sang a coulé, non pas celui des trafiquants, mais celui de simples citoyens sans histoire.

Les rafales aveugles ont fauché sans discernement, moins d'une heure avant la sortie des écoles. La fusillade a fait deux morts : Ahmed, 57 ans, et « Zou », 39 ans, dont le seul tort a été d'être au mauvais endroit au mauvais moment. Six autres personnes ont été blessées. Devant le Palais sucré, dont la vitrine porte les impacts de trois balles, un autel de fortune a été dressé avec des fleurs et des bougies. Le gérant, lui aussi victime, s'acharne à remettre en état son échoppe, aidé par quelques habitants. Sur le trottoir, l'eau a coulé à grands seaux pour effacer les stigmates du drame.

Des victimes innocentes

Un jeune homme, casquette enfoncée jusqu'au nez, est au bord des larmes. D'une main tremblante, il soulève un gilet noir et blanc maculé de sang : « C'est à Zou. C'était un mec bien ! Il n'avait rien à voir avec toute cette merde ! Il méritait pas de mourir... Il buvait tranquillement son café », chuchote-t-il. Adilson, 39 ans, surnommé affectueusement « Zou », est mort non loin d'Ahmed, 57 ans, lui aussi père de famille, attablé au café, loin de la guerre des gangs.

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« Je crois qu'il n'a pas eu le temps de voir et de comprendre ce qui lui arrivait », souffle Mohammed, un ami intime d'Ahmed, la tête enfoncée dans sa parka kaki pour cacher son chagrin. « Il avait quatre enfants. Zou avait un grand enfant et deux petits », bredouille-t-il entre deux sanglots. À côté, Salah attend des nouvelles de son fils Karim, chef d'équipe au tramway, opéré en urgence. « Une balle l'a effleuré au bras, l'autre lui a transpercé le ventre », raconte le vieux monsieur, les traits tirés. « Il est costaud, c'est ça qui l'a sauvé. Mon fils n'a jamais eu d'histoire », soupire-t-il.

Le récit glaçant du tireur

Ali, ancien militaire en Algérie, a assisté à toute la scène. Il décrit le calme du tueur : « Il est arrivé en trottinette, tranquille, tout doucement. Il était habillé d'une longue parka bleue. Sa mitraillette était cachée par un sac Carrefour sur son ventre. Il a posé sa trottinette à l'angle, près du tigre peint sur le mur. Il est arrivé en marchant, a voulu viser un mec qui a fui, et a touché les autres au café. » Une fois le chargeur vidé, le tueur a fait demi-tour sans un regard, repris sa trottinette et rejoint une voiture où l'attendait un complice. Ali et Akim, qui a vu la scène de sa fenêtre, jurent avoir vu un homme de couleur avec de longues tresses, sans cagoule.

Une réponse sécuritaire

Éric Ciotti, maire de Nice, était présent aux Moulins dans la matinée. Face à ce qu'il qualifie de « conflit armé », il a détaillé sa riposte : dès lundi prochain, un poste de police municipale permanent sera installé place des Amaryllis, à la place de l'association Adam. Ce « camp de base » servira à sécuriser le quartier. L'association sera relocalisée. Ciotti réclame un « quoi qu'il en coûte sécuritaire » à l'État, dénonçant le manque de policiers nationaux et d'enquêteurs, qui laisse le champ libre aux caïds. Les habitants, épuisés, n'avaient même plus la force d'être en colère.

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