Fêtes de Bayonne : un événement populaire confronté à des tragédies
Les Fêtes de Bayonne, ce rendez-vous annuel incontournable qui draine près d'un million de personnes dans les rues de la ville basque du 15 au 19 juillet, sont aujourd'hui au cœur d'un débat crucial sur leur sécurité. Deux décès survenus lors des éditions 2023 et 2024 ont profondément ébranlé la communauté et remis en question l'organisation de ce monstre d'affluence.
En 2023, Patrice Lanies a été agressé par plusieurs hommes et laissé pour mort sur les quais de la Nive, en marge de la cérémonie d'ouverture. L'année suivante, en 2024, Eric Coudry est décédé des suites d'une terrible altercation à bord d'un bus stationné place des Basques. Ces deux drames ont mis en lumière les risques croissants liés à la surfréquentation et aux violences pendant ces cinq jours de liesse.
Un défi de sécurité pour une ville de 55 600 habitants
Bayonne, avec ses 55 600 habitants, doit gérer l'afflux massif de près d'un million de festayres dans le périmètre restreint de sa ville fortifiée. Cette concentration exceptionnelle pose des problèmes évidents de gestion des foules, d'intervention des secours et de sécurité générale. La majorité sortante a déjà entamé une réflexion avec la commission extra-municipale des Fêtes et le Collectif 2032, mais les solutions définitives restent à trouver.
Les propositions des cinq candidats à la mairie
Jean-Claude Iriart (EH Bai) : repenser le modèle en profondeur
Le candidat de Bayonne en mouvement Baiona mugimenduan estime que « le drame de 2023 doit rester dans nos mémoires et nous inviter à tout faire pour limiter ces risques ». Il propose une baisse de la fréquentation et un élargissement du périmètre des Fêtes, avec une réflexion collective associant tous les acteurs. Pour lui, aucune question ne doit rester taboue : dates, impact environnemental, sécurité, ou même la question fondamentale : « pour qui souhaitons-nous organiser les Fêtes ? ».
Pascal Lesellier (RN) : mettre fin au laxisme
Le candidat du Rassemblement national dénonce « ce laxisme qui doit s'arrêter ». Il propose de déconcentrer les animations dans les quartiers bayonnais, d'utiliser les campings chez les voisins, et d'augmenter les fréquences des transports en commun. Il souhaite également consulter les Bayonnais via des conseils de quartier réformés ou un questionnaire spécifique.
Henri Etcheto (PS) : une introspection collective nécessaire
Le socialiste qualifie la mort de Patrice Laniès de « traumatisme et plaie ouverte ». Il préconise de maintenir les dates pendant les vacances scolaires pour des raisons logistiques, mais reconnaît la nécessité de mieux réguler la fréquentation. Il promet une large concertation suivie d'une consultation citoyenne après l'édition 2026.
Sandra Pereira-Ostanel (LFI) : répartir la foule et redonner du sens
La candidate de Bayonne insoumise et populaire propose de « revoir le modèle et proposer d'autres animations au même moment afin de mieux répartir la foule ». Elle souhaite travailler sur les flux, étaler les temps forts, et redonner aux Fêtes leur esprit familial et populaire avec davantage d'animations locales et une place renforcée aux cultures basque et gasconne.
Jean-René Etchegaray (Renaissance) : s'adapter sans cesse
Le maire sortant rappelle les mesures déjà prises : avancement du calendrier, cérémonie d'ouverture à 17 heures, libération d'espaces pour mieux gérer les flux. « Je le redis : les Fêtes de Bayonne sont notre bien commun », affirme-t-il, tout en reconnaissant la nécessité de « s'adapter sans cesse ». Il promet de poursuivre les efforts en matière de sécurité et de prévention.
La question épineuse de l'entrée payante
Sur la question controversée de l'entrée payante (15 euros pour les non-Bayonnais en 2025), les positions divergent. Trois candidats - Sandra Pereira-Ostanel, Pascal Lesellier et Jean-René Etchegaray - maintiennent ce dispositif instauré en 2018. Jean-Claude Iriart ne le supprimerait pas « dans un premier temps », tandis qu'Henri Etcheto promet une concertation sur le sujet.
Le maire sortant justifie cette mesure par l'explosion des dépenses de sécurité après les attentats de Nice en 2016 et la nécessité de trouver « un nouvel équilibre économique pour assurer la pérennité et sauver les Fêtes de Bayonne ».
Alors que les Fêtes de Bayonne approchent de leur centenaire, cet événement emblématique se trouve à un carrefour. Les candidats à la mairie devront concilier la préservation de l'esprit festif et populaire avec des impératifs de sécurité renforcés, dans un contexte où la mémoire des deux victimes récentes pèse lourdement sur les débats.



