Un faux chirurgien-dentiste est poursuivi à Paris pour des violences et mutilations permanentes sur au moins cinq patients entre 2021 et 2023. Il aurait exercé avec de faux diplômes dans plusieurs cabinets de la capitale et du Luxembourg. Une de ses anciennes patientes témoigne.
Une visite de routine qui tourne au cauchemar
Elle est entrée dans le cabinet dentaire pour une visite de routine et en est ressortie « charcutée ». Sarah est une des patientes qui accusent Mahiedine A., un faux chirurgien-dentiste poursuivi – entre autres – pour violence avec arme suivie de mutilation permanente au préjudice de cinq personnes. Auprès du Parisien, la quadragénaire a accepté de raconter son expérience traumatisante avec le charlatan.
« Il était gentil et souriant »
Tout commence en 2021, lorsque la Parisienne prend rendez-vous dans le centre dentaire Victor-Hugo (16e arrondissement), près de chez elle. Lors de cette visite, le dentiste repère deux caries et lui dit de revenir la semaine prochaine pour qu’il puisse les soigner. Rebelote lors du second rendez-vous : Sarah passe à la caisse, mais ne reçoit aucun traitement. « Je me dis qu’il en profitait parce que j’ai une bonne mutuelle, mais j’ai fait confiance, il était gentil et souriant », souffle-t-elle. Pour se rassurer, elle consulte toutefois la liste de l’ordre des chirurgiens-dentistes et est réconfortée lorsqu’elle se rend compte qu’il est bien inscrit.
« J’étais prise de panique et, lui, il souriait »
Il faudra finalement quatre consultations – et quatre paiements – pour que le dentiste se décide enfin à pratiquer un acte. Et c’est à ce moment précis que tout dérape pour la quadragénaire. Alors que le dentiste commence à intervenir sur une dent, la douleur est insupportable. Pour cause : elle n’a pas été anesthésiée. Après s’être excusé, le dentiste lui injecte à trois reprises le produit, mais rien n’y fait. « Il n’avait pas dû piquer au bon endroit ou comme il fallait, je ne pouvais plus déglutir, j’ai eu peur pour ma vie car je n’arrivais même plus à respirer, j’étais prise de panique et, lui, il souriait », se remémore la Parisienne. Terrifiée, elle met un terme à l’intervention. Le mal est fait. Conséquences de cette opération, Sarah a dû subir une greffe d’os au niveau du sinus et des implants dentaires.
Il encourt quinze ans de prison
Mahiedine A. a été mis en examen en 2023, à Paris, à la suite de plaintes du Conseil de l’ordre et de patientes. L’enquête, confiée à la brigade de répression de la délinquance aux personnes en décembre de cette même année, vise des faits de violences avec arme suivies de mutilation permanente, escroqueries, faux et usage de faux. Le suspect n’aurait jamais terminé sa formation de dentiste et aurait produit un faux diplôme pour s’inscrire à l’ordre des chirurgiens-dentistes en 2021. Radié définitivement en mars 2023, il a continué d’exercer pendant près d’un an, notamment au Luxembourg. Le mis en cause, qui encourt quinze ans de réclusion criminelle pour les mutilations, conteste l’intégralité des faits et invoque la présomption d’innocence.
Des mesures pour renforcer les contrôles
Échaudé par cette fraude aux terribles conséquences, le Conseil national de l’ordre des chirurgiens-dentistes a décidé de contrôler plus en profondeur l’accès à la profession. Il a annoncé le déploiement de commissions régionales chargées d’évaluer les compétences des praticiens venus de l’étranger et souhaitant exercer en France.



