Le corps d'Anastasiia Berezovska, 39 ans, a été découvert vers 23 heures en Ukraine, avec quatre balles dans la tête. Cette réfugiée, identifiée comme la poseuse de bombe dans l'attentat qui a grièvement blessé l'oligarque Vadim Ermolaev et sa compagne à Monaco, a été éliminée. Selon le bureau du procureur général de Kiev, un officier du renseignement militaire ukrainien (GUR) a avoué l'avoir tuée avec la complicité « d'un ancien agent des forces de l'ordre ».
Une exécution qui soulève des questions
L'appartenance des deux suspects aux forces de sécurité alimente, sur les réseaux pro-russes, l'hypothèse d'une exécution d'État. Volodymyr Zelensky aurait-il signé l'ordre d'exécution de Vadim Ermolaev, comme il avait ratifié les sanctions financières contre cet homme d'affaires accusé de collaboration avec l'ennemi et réfugié à Monaco depuis l'invasion de l'Ukraine ? Nombre d'observateurs peinent à croire que Kiev ait pris sciemment le risque de se mettre à dos ses alliés. Le mode opératoire, une bombe équipée de shrapnels, est particulièrement violent.
Claude Moniquet, ancien agent de la DGSE et cofondateur de l'European Strategic Intelligence and Security Center, estime que l'utilisation de shrapnels est « un message que les commanditaires ont voulu faire passer ». L'analyse de l'explosif, notamment s'il est d'origine militaire, pourrait constituer une « signature ».
Des aveux et un contrat présumé
L'agent du GUR impliqué a indiqué avoir agi « de sa propre initiative », sans informer ses supérieurs de ses contacts avec Anastasiia Berezovska ni des transferts de fonds. Le bureau du procureur souligne que « l'assistance personnelle du chef du GUR, du ministère de l'Intérieur, Oleg Ivashchenko », a collaboré à l'enquête. Les deux recruteurs et bourreaux présumés ont été incarcérés pour « meurtre prémédité par un groupe d'individus ». Des médias locaux évoquent un contrat de 150 000 dollars. Berezovska n'aurait perçu qu'une avance de 8 000 dollars et des virements de 5 000 dollars pour ses frais de cavale.
Selon une source diplomatique, la poseuse de bombe, originaire de Jytomyr, n'avait pas d'antécédents judiciaires, hormis des « faits mineurs de hooliganisme » sanctionnés par des mesures administratives.
Les affaires troubles d'Ermolaev
Le parquet général de Monaco confirme que les relations d'affaires du fils d'Ermolaev, Artur, au sein du Milton Group constituent un axe d'enquête. Cette structure, propriétaire de près de 150 centres d'appels, a été épinglée par la justice estonienne pour des escroqueries ayant causé un préjudice de près de 100 millions d'euros. Artur Ermolaev a échappé à la prison contre le paiement d'une indemnité record de 8,5 millions d'euros, un accord qui pourrait ne pas plaire à ses partenaires.
Son père a-t-il payé le prix à Monaco ? La compagne d'Ermolaev, Anna Nasobina, fille d'un ancien procureur de Dnipro, est la victime la plus sérieusement blessée. Elle est actionnaire de Wycombe Square Investments LLP avec Georgi Velchev, frère de l'ancien ministre des Finances bulgare, suspecté d'être un homme de paille pour l'oligarque russe Konstantin Malofeev. Cependant, cette société semble n'être qu'un syndic de copropriété gérant un immeuble dans la City, où Boris Zimin, soutien financier d'Alexeï Navalny, est également associé. La piste pourrait être une impasse.



