L'État français est doublement assigné en justice dans le cadre du dossier Epstein, a-t-on appris ce jeudi. Deux plaintes distinctes ont été déposées contre l'administration, l'accusant d'avoir fermé les yeux sur les agissements du financier américain Jeffrey Epstein, décédé en 2019. Cette action en justice, révélée par nos confrères de France Info, vise à faire reconnaître la responsabilité de la France dans ce scandale international.
Deux assignations pour inaction
Selon les informations rapportées, les deux assignations ont été déposées devant le tribunal administratif de Paris. La première émane d'une association de victimes, tandis que la seconde a été déposée par une personne physique, victime présumée de Jeffrey Epstein. Les plaignants reprochent à l'État français d'avoir manqué à son obligation de protection des mineurs et de n'avoir pas agi malgré les signalements dont il aurait eu connaissance.
Les avocats des plaignants, interrogés par France Info, estiment que l'État avait "une obligation de vigilance" et qu'il "aurait dû agir". Ils soulignent que des plaintes avaient été déposées en France dès 2012, mais qu'elles n'avaient pas abouti. "L'inaction de l'État a permis à Epstein de continuer à agir", affirment-ils, estimant que cette assignation est "un acte fort" pour la reconnaissance des droits des victimes.
Des faits présumés remontant à plusieurs années
L'affaire Epstein implique des faits présumés de viols et d'agressions sexuelles sur mineurs, commis notamment en France. Selon les plaignants, des jeunes filles auraient été recrutées dans des écoles de mannequins parisiennes pour être conduites dans des appartements privés, où elles auraient été victimes de ces agissements. Ces faits auraient eu lieu entre 2008 et 2015, période pendant laquelle Epstein séjournait régulièrement en France.
Les assignations visent à obtenir la reconnaissance de la responsabilité de l'État pour "faute lourde" dans l'exercice de ses missions de protection de l'enfance. Les plaignants réclament également une indemnisation pour le préjudice moral et psychologique subi. Cette action en justice s'inscrit dans un mouvement plus large de remise en cause de la passivité des autorités françaises face aux agissements du financier.
Une première dans le dossier Epstein en France
Cette double assignation constitue une première dans le traitement judiciaire du dossier Epstein en France. Jusqu'à présent, les victimes avaient principalement engagé des actions contre la succession du financier ou contre des complices présumés. Cette fois, c'est l'État lui-même qui est visé, ce qui pourrait ouvrir la voie à d'autres actions similaires.
Les avocats des plaignants espèrent que cette procédure aboutira à une enquête approfondie sur les manquements de l'administration. Ils rappellent que la France avait été critiquée pour sa lenteur à réagir après la mort d'Epstein, et que des commissions d'enquête parlementaires avaient été demandées sans succès. Cette assignation pourrait donc contraindre l'État à s'expliquer sur les raisons de cette inaction.
Quelles suites pour cette procédure ?
Le tribunal administratif de Paris devra désormais se prononcer sur la recevabilité de ces assignations. Si elles sont jugées recevables, l'État devra répondre aux accusations et fournir des explications sur les actions menées entre 2008 et 2019. Les plaignants demandent également la communication de documents internes relatifs aux signalements éventuels.
Cette procédure pourrait prendre plusieurs mois, voire plusieurs années. En attendant, les victimes espèrent que cette action en justice aura un effet dissuasif et incitera les autorités à être plus réactives à l'avenir. "C'est un signal fort envoyé à l'État : il ne peut plus ignorer les victimes", concluent les avocats. L'affaire Epstein continue de faire des vagues en France, où la justice devra déterminer si l'État a failli à sa mission de protection des plus vulnérables.



