Un rassemblement empreint d'émotion à Mende
Entre tristesse profonde et lassitude grandissante, le corps enseignant lozérien s'est rassemblé ce jeudi 12 juin 2025 devant la préfecture de Mende. Cette mobilisation, organisée à l'appel des syndicats de l'Éducation nationale, visait à rendre hommage à Mélanie, la surveillante poignardée par un collégien au collège de Nogent en Haute-Marne. Une vingtaine de personnes – enseignants, surveillants et même quelques retraités – ont ainsi marqué leur solidarité envers la victime et l'ensemble du personnel éducatif confronté à la violence.
Les mesures gouvernementales jugées insuffisantes
Les participants ont unanimement dénoncé ce qu'ils considèrent comme des mesures symboliques et inefficaces de la part du gouvernement. Clémence Gouret, professeure de lettres modernes au lycée Émile-Peytavin et déléguée départementale pour le Snes, a particulièrement critiqué l'installation de portiques de sécurité : "Cela représente des sommes démesurées qui ne nous semblent pas non plus être des mesures magiques visant à empêcher ce genre d'événement". Elle a souligné que ces dispositifs ne détectent pas les armes en céramique et ne préviennent pas les agressions en dehors des établissements.
Concernant l'interdiction de vente d'armes blanches aux mineurs, Melika Morsli du Snalc, venue de Montpellier pour soutenir ses collègues, reste sceptique : "Il y a toujours moyen de détourner les choses en envoyant un majeur acheter pour un mineur. En l'occurrence, c'était un couteau pris à la maison". La proposition de restreindre l'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 15 ans leur semble tout aussi inapplicable en pratique.
Un appel urgent à la prévention et aux moyens humains
Les syndicalistes présents ont insisté sur la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention plutôt que de se focaliser sur des mesures sécuritaires. Clémence Gouret a plaidé pour :
- Davantage d'infirmières scolaires
- Plus de psychologues de l'Éducation nationale
- Un nombre suffisant de médecins scolaires
Florence Lazes, cosecrétaire de FSU-SNUIPP 48, a confirmé cette analyse : "Les réseaux d'aide pour les élèves en difficulté ont largement été diminués ces 15 dernières années. Ces enseignants spécialisés auxquels on faisait appel dans la grande difficulté scolaire ne peuvent plus venir sur nos écoles, parce qu'ils ne sont plus défrayés".
Un mal-être généralisé depuis la pandémie
De la maternelle au lycée, les enseignants dressent un constat alarmant : la santé mentale des élèves s'est considérablement détériorée depuis la crise du Covid-19. "Il y a quelque chose qui se dégrade, une violence, mais surtout, je crois, un mal-être chez les adolescents qui ne s'arrange pas", a noté la représentante du Snalc. Les enseignants du primaire observent le même phénomène, constatant que "les enfants ne vont pas bien".
Suzy Lewis de Sud éducation, enseignante à Florac, a conclu avec gravité : "Tant qu'on ne remettra pas les moyens humains là où ils étaient avant, ce genre de faits vont se multiplier". Les syndicats prévoient d'ailleurs une audience avec le directeur académique des services de l'Éducation nationale pour porter ces revendications.
Ce rassemblement à Mende s'inscrit dans un mouvement plus large de préoccupation au sein de l'Éducation nationale, où la sécurité des personnels et le bien-être des élèves apparaissent comme des enjeux prioritaires nécessitant des réponses concrètes et durables.



