Bayonne : retour sur l'effondrement meurtrier d'une grue de chantier en 2022
Effondrement d'une grue à Bayonne : retour sur le drame de 2022

Un drame qui a marqué Bayonne

Le 9 mars 2022 restera une date sombre dans la mémoire des habitants du quartier Saint-Esprit à Bayonne. Peu avant 14 heures, un bruit assourdissant retentit soudainement : une grue de chantier venait de basculer et de s'écrouler sur un immeuble d'habitation. Le conducteur de l'engin, Mohamed Kechoui, 42 ans, père d'un garçon et dont la femme attendait un enfant, ne survivra pas à ce terrible choc.

Vingt-deux résidents présents dans l'immeuble

Au moment du drame, vingt-deux personnes se trouvaient dans le bâtiment situé au 38-42 du boulevard Alsace-Lorraine, dont quatre enfants. Miraculeusement, aucune autre victime n'a été à déplorer. La grue était positionnée sur un chantier voisin, entre les numéros 32 et 36 du même boulevard, un projet de logements sociaux porté par les opérateurs COL (Comité ouvrier du logement) et Domofrance.

Le choc des témoins

Les premiers témoignages évoquent un bruit terrifiant. « On avait l'impression d'un tremblement de terre », raconte Franck, un habitant du quartier. Cécile Dumergue, résidant à une rue de là, confirme ces impressions avec des bruits violents comparables à des explosions. Daisy Lamoureux, témoin direct de la scène, se souvient particulièrement du destin tragique du grutier : « J'ai tout vu », déclare-t-elle, évoquant la chute de l'engin et la victime au sol.

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Les causes techniques de l'accident

Dès les premières heures suivant le drame, les soupçons se sont portés sur les fondations de la grue. Le sous-préfet de Bayonne de l'époque, Philippe Le Moing-Surzur, indiquait que « la grue était ancrée par quatre pieux dans le sol et l'un d'eux semble avoir lâché ».

L'expertise judiciaire révélatrice

En décembre 2022, l'expert judiciaire a confirmé ces premières hypothèses dans ses conclusions. Un défaut dans la réalisation des fondations de la grue a été mis en évidence. Plus précisément, un angle de la dalle de béton a cédé sous le poids de l'engin, provoquant son basculement.

L'expertise technique détaille le processus : « Le casque est défaillant et le pied de la grue le désagrège ». Conséquence directe : le pied de la grue « chute sur le pieu qui reçoit alors une charge dynamique pour laquelle il n'est pas dimensionné ». La structure percute alors la dalle de béton qui cède à l'angle impacté, faisant glisser la grue d'environ 50 centimètres vers le bâtiment sur lequel elle finit par s'effondrer.

La société Lapix Bâtiment, titulaire du marché de fondations et gros œuvre du chantier, a été désignée responsable par cette expertise judiciaire. Cette conclusion représente une étape importante dans l'enquête ouverte pour homicide involontaire suite au décès de Mohamed Kechoui.

Les conséquences pour les habitants

Après les opérations de démantèlement de la grue dans la nuit du 10 au 11 février 2022 et les travaux de nettoyage et sécurisation, une partie des résidents a pu réintégrer son logement. Cependant, les occupants de l'appartement détruit et de celui partiellement touché n'ont pas eu cette chance.

Un collectif d'habitants se mobilise

Face à cette situation, un collectif d'habitants du quartier Saint-Esprit s'est constitué sous le nom de Collectif 22 Bergeret. Ses membres demandent des informations claires sur les conditions de l'accident et l'avenir du chantier. Le 29 juin 2022, lors d'une conférence de presse, ils ont dénoncé « un silence total sur le présent et l'avenir du chantier du côté des maîtres d'ouvrage, le COL et Domofrance, tout comme du côté de la municipalité de Bayonne ».

Le maire de Bayonne, Jean-René Etchegaray, a précisé que la Ville « entreprendra toutes les actions de nettoyage du site possibles dès lors que l'autorisation lui sera accordée ». Malgré ces assurances, en janvier 2023, Daniel Soriano et Christine Védère, propriétaires de l'appartement détruit, attendaient toujours sa reconstruction, dix mois après les faits.

L'hommage et l'attente de justice

Le 9 mars 2024, les membres du Collectif 22 Bergeret ont rendu un nouvel hommage à Mohamed Kechoui. Parallèlement, ils suivent attentivement la procédure pénale en cours et attendent avec impatience la date du procès.

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Dominique Mesplé, membre du collectif, confiait alors : « Nous sommes maintenant dans l'attente de la date du procès, mais nous n'avons aucune information. On ne sait même pas si ce sera en 2024. En matière d'accidents du travail, beaucoup de dossiers ne vont pas jusqu'au bout ».

Deux ans après ce drame qui a profondément marqué la communauté bayonnaise, les questions persistent sur les responsabilités et les mesures de prévention à mettre en œuvre pour éviter qu'un tel accident ne se reproduise. Les familles des victimes et les habitants du quartier Saint-Esprit attendent toujours des réponses et une justice qui reconnaisse pleinement les circonstances de cette tragédie.