Affaire Dupont de Ligonnès : la descente financière qui a précédé le quintuple meurtre
Dupont de Ligonnès : de la ruine financière au quintuple meurtre

La descente aux enfers financière de Xavier Dupont de Ligonnès

Xavier Dupont de Ligonnès se trouvait dans une impasse financière totale au moment du quintuple meurtre qui a secoué la France. Cette situation désespérée constituait ce qu'il appelait lui-même sa troisième « grande désillusion », après avoir déjà traversé des crises personnelles majeures dans sa vie.

Un entrepreneur au bord du gouffre

Quelques années seulement avant la tragédie de Nantes, Xavier de Ligonnès affichait encore un optimisme apparent. En 2006, il écrivait avec enthousiasme : « Depuis La Seyne et mes pinces de plage, en passant par mes plans de locations de Corvette et Cadillac aux USA [...] je ne pense qu'à construire l'avenir. » Le fondateur de La Route des Commerciaux – un site Internet répertoriant des adresses hôtelières – semblait déterminé à assurer l'avenir matériel de sa famille.

Mais cette ambition professionnelle farouche a fini par s'effondrer. Le projet lancé après son départ du Var en 1996 s'est révélé être un échec cuisant. Au début de l'année 2011, alors qu'il venait d'avoir 50 ans, son entreprise était au bord de la faillite.

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L'héritage empoisonné d'un père

Le 20 janvier 2011, Hubert de Ligonnès, le père diabétique de Xavier, est terrassé par une crise cardiaque à son domicile de Levallois-Perret. Le comte Hubert meurt seul et sans fortune. Son fils récupère parmi ses effets une carabine 22 Long rifle, alors qu'il est lui-même criblé de dettes.

Selon une source proche de l'affaire, cette arme avait été confiée au défunt par une amie qui souhaitait s'en débarrasser. Pour Xavier de Ligonnès, cette carabine devient le symbole d'une épée de Damoclès qui plane au-dessus de sa tête, avec des dettes s'élevant à plusieurs dizaines de milliers d'euros.

La spirale infernale des dettes

Charges sociales impayées, crédits à la consommation, retards de loyers... La situation financière de Xavier de Ligonnès devient intenable. Même son ex-maîtresse, un amour de jeunesse avec laquelle il a renoué en 2009, réclame le remboursement d'un prêt de 50 000 euros.

Dans un courrier désespéré, il lui écrit : « Je n'en dors plus, je fais des insomnies presque chaque nuit avec des idées morbides. Je coule : j'ai besoin d'une aide importante et urgente. Je ne peux plus m'en sortir seul. »

Les trois grandes désillusions

À la lumière des écrits de Xavier Dupont de Ligonnès, le constat d'échec qu'il dresse peu avant la tuerie de Nantes représente sa troisième « grande désillusion ».

La première remonte à 1995, quand il cesse de croire « au monde imaginaire » de sa mère, qui prétendait retranscrire des messages de Dieu. Il annonce même avoir perdu la foi à cette époque.

La découverte de l'infidélité de son épouse en 2005 constitue sa deuxième déception majeure. Ces crises successives ont profondément marqué cet homme qui se décrivait comme faisant partie « des gens intelligents, volontaires, équilibrés ».

Les scénarios funestes envisagés

Dès 2010, sans perspective de rebond économique, Xavier de Ligonnès envisage déjà des solutions extrêmes. Il écrit notamment qu'il pourrait « foutre le feu à la maison après avoir donné un somnifère à chacun » ou se suicider de manière à ce que son épouse Agnès touche 600 000 euros d'assurance.

Ces pensées macabres précèdent de peu les funérailles de son père, qui se déroulent dans un froid glacial en Lozère. Une cousine éloignée qui le croise pour la dernière fois le 26 janvier 2011 décrit « un homme charmant avec des enfants bien élevés », sans percevoir la détresse qui l'habite.

L'influence d'un drame similaire

Le 5 février 2011, jour de la publication de l'avis d'obsèques de son père, se produit l'épilogue d'un crime familial présentant des similitudes troublantes avec le drame à venir. Matthias Schepp, ruiné et en instance de divorce, a sacrifié ses deux filles Alessia et Livia avant de se jeter sous un train en Italie.

Ceux qui ont connu Matthias Schepp le décrivent comme « un homme sympathique, intelligent, souriant », un père aimant a priori incapable de faire du mal à ses enfants. Quelques semaines plus tard, les proches de Xavier de Ligonnès feront le même portrait de lui.

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Les préparatifs du drame

Le mois de mars 2011 est celui des préparatifs minutieux : résiliation du bail de la maison familiale, impression des certificats de non-gage des voitures, achat d'un silencieux, acquisition d'outillage et de chaux vive.

Début avril, Xavier de Ligonnès envoie des messages prétextant un départ soudain en Australie ou aux États-Unis, créant ainsi une longueur d'avance qui lui permet de rallier le Var avant d'être activement recherché. Il disparaît six jours avant la macabre découverte des corps le 21 avril.

Quinze ans de mystère

Depuis cette tragédie, le sort de Xavier Dupont de Ligonnès demeure une énigme. Les théories d'une cavale à l'étranger se succèdent régulièrement, avec notamment l'hypothèse récente d'une fuite au Texas qui a trouvé un écho médiatique.

L'hypothèse d'un suicide dans un lieu inexploré reste également plausible, motivant des vérifications policières dans les cimetières de Grimaud en 2021 et de Roquebrune-sur-Argens en 2024.

La seule version écartée par les enquêteurs est celle soutenue par Christine de Ligonnès, la sœur de Xavier, qui s'appuie sur les « zones d'ombre » de l'affaire pour créditer la thèse du départ de toute la famille, mettant en doute les résultats des expertises médico-légales.

Quinze ans après les faits, cette affaire continue de hanter la mémoire collective française, entre questions sans réponses et théories contradictoires sur le destin de l'homme le plus recherché de France.