Des détenus de Condé-sur-Sarthe dénoncent des traitements humiliants
Plusieurs détenus de la prison de haute sécurité de Condé-sur-Sarthe, dans l'Orne, ont décidé de saisir la justice pour dénoncer des pratiques qu'ils jugent humiliantes et disproportionnées. Selon leurs avocats, les fouilles corporelles systématiques, les réveils nocturnes fréquents et le refus de parloirs constituent des violations de leurs droits fondamentaux.
Des fouilles intrusives quasi quotidiennes
Les plaignants décrivent des fouilles intégrales imposées plusieurs fois par semaine, y compris après chaque promenade ou visite. Ils affirment que ces examens, qualifiés d'"invasifs", sont effectués sans motif valable et dans des conditions dégradantes. Un détenu témoigne : "On est mis nu, on doit se pencher, tousser. C'est une humiliation systématique."
Des réveils nocturnes perturbateurs
Les requérants dénoncent également des réveils nocturnes réguliers, parfois toutes les heures, pour des contrôles de sécurité. Ces interruptions du sommeil, selon eux, nuisent à leur santé mentale et physique. "On n'a plus de vie nocturne normale, on vit dans un état de stress permanent", explique un autre prisonnier.
Des parloirs refusés ou limités
Autre motif de plainte : l'accès aux parloirs. Plusieurs détenus se voient refuser des visites de leurs proches sans explication claire, ou avec des restrictions drastiques (durée réduite, vitre de séparation). L'un d'eux affirme n'avoir pas vu sa femme depuis six mois. "C'est une double peine, on nous coupe de nos liens familiaux", déplore-t-il.
Une action en justice pour faire respecter les droits
Les avocats des détenus ont déposé un recours devant le tribunal administratif de Caen, invoquant la violation de l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme (interdiction des traitements inhumains et dégradants). Ils demandent la cessation immédiate de ces pratiques et des dommages et intérêts. L'administration pénitentiaire, de son côté, justifie ces mesures par la nécessité de maintenir la sécurité dans un établissement classé "haute sécurité", accueillant des détenus radicalisés ou dangereux.
Un précédent jurisprudentiel
Cette affaire rappelle d'autres décisions de justice récentes. En 2023, le Conseil d'État avait condamné l'administration pour des fouilles abusives dans une autre prison. Les avocats espèrent que cette nouvelle action contribuera à faire évoluer les pratiques. "La sécurité ne doit pas justifier n'importe quelle atteinte à la dignité", conclut Me Dupont, avocat de l'un des plaignants.



