Un double meurtre d'une rare violence
Elle n'a pas eu la moindre chance de se défendre. Vaijayasri Mayavan, âgée de 53 ans, a été tuée dans son sommeil le 10 août 2021. La violence de l'agression est glaçante : treize plaies ont été relevées sur son corps. Sa fille, Dilaxshana Rasathurai, 20 ans, a tenté de résister, griffant son agresseur malgré la pluie de coups assenés avec une lame à double fil. Elle a succombé à ses trente et une blessures, sur le sol de sa propre chambre.
Un acharnement incompréhensible
Les deux femmes ont été frappées aux poumons, au cœur, à la tête et à la carotide. Les parties visées et le nombre de coups témoignent, selon l'accusation, « d'une volonté indéniable de tuer et d'un réel acharnement » alors qu'elles dormaient. « Un acharnement difficile à comprendre si on exclut une particulière proximité affective entre le meurtrier et ses victimes », peut-on lire dans l'acte d'accusation. Ce document renvoie Nirosan Sasikumar devant la cour d'assises du Val-d'Oise, où son procès s'ouvre ce 7 avril.
L'accusé : un cousin hébergé
Cet homme de 26 ans est un cousin de la famille. Originaire du Sri Lanka comme eux, il était hébergé depuis un an dans leur maison de Saint-Ouen-l'Aumône. Face à lui dans la salle d'audience, le père de famille, désormais veuf, et ses deux fils veulent témoigner de leur douleur insondable. « Ils sont détruits, ils n'ont plus goût à la vie », relate leur avocate, Me Caty Richard. « Pour ces trois hommes, la vie s'est arrêtée. La maison est vide, ce sont des survivants mais surtout des morts-vivants. Ils veulent comprendre et savoir. »
Les pistes de l'enquête
L'hypothèse financière d'une « tontine »
L'accusé, qui appelait les victimes « mère » et « petite sœur », nie les faits. Les parties civiles évoquent la piste d'une « tontine », un système de prêt courant dans la communauté tamoule. La mère de famille aurait organisé une telle tontine, confiant à l'accusé le recrutement des participants et le recouvrement des fonds. Un vol aurait pu être commis.
En audition, Nirosan Sasikumar a confirmé l'existence d'un prêt, déclarant que sa tante lui avait prêté 20 000 à 30 000 euros. Il affirme avoir presque tout remboursé et avoir lui-même prêté de l'argent à son hôte trois mois avant les meurtres. La famille économisait pour acheter une maison, et la mère avait confié à un fils avoir réussi à mettre de côté 20 000 à 30 000 euros. L'audience devra déterminer si cet argent était un mobile.
D'autres pistes explorées
La piste sentimentale est également évoquée : l'homme aurait pu vouloir une relation avec Dilaxshana. L'enquête révèle que deux femmes l'accusent d'agressions sexuelles sous emprise de drogues, ce qu'il conteste.
La piste criminelle liée à un gang tamoul est aussi examinée. Des interceptions téléphoniques ont capté l'accusé acceptant des missions de menace pour des groupes comme les « Elam Boys » ou « Prince ». Il nie tout contact avec ces réseaux.
Les preuves accablantes
L'ADN, un élément crucial
Nirosan Sasikumar affirme que Dilaxshana était vivante et sur son téléphone quand il a quitté le domicile le matin du drame. Pourtant, la dernière connexion de la jeune femme date de la veille au soir. Plus troublant : son ADN a été retrouvé sous les cinq ongles de la main droite de Dilaxshana et sur deux faux ongles dans la chambre. Dans la communauté tamoule, les contacts physiques entre hommes et femmes sont rares, surtout pour une jeune fille décrite comme pudique et réservée. L'accusation rejette l'idée d'un transfert lors de simples chamailleries.
Des explications incohérentes
L'instruction relève que l'accusé a donné des versions hésitantes et fluctuantes de son emploi du temps. Il a tardé à se présenter à la police, et plusieurs témoins ont noté son comportement fuyant lorsqu'on l'interrogeait sur les faits. Aucune griffure n'a été relevée sur lui, mais il n'a pas subi d'examen médical complet initialement.
Les arguments de la défense
La défense souligne qu'un ADN masculin inconnu a aussi été trouvé sur deux ongles de Dilaxshana. Elle note qu'un frère des victimes, dormant à côté, n'a rien entendu, que l'arme du crime n'a pas été retrouvée et que les motivations précises restent à déterminer.
Le profil de l'accusé
Arrivé en France à 23 ans après avoir payé 15 000 euros à des passeurs, Nirosan Sasikumar n'a pas obtenu l'asile. Orphelin de père à 5 ans, il a dû quitter l'école entre 11 et 13 ans pour subvenir aux besoins de sa famille, vivant dans une extrême précarité. En France, il travaillait comme plongeur, cuisinier ou manutentionnaire, sans être déclaré.
Un examen psychiatrique indique que son discernement n'était pas altéré au moment des faits. Le psychologue relève un « discours très lisse » et une réaction « très neutre » contrastant avec la gravité des actes, ce qui interroge sur sa personnalité : dissimulation ou adaptation face à l'adversité ?
Le procès, qui s'ouvre aux assises du Val-d'Oise, promet d'être intense, avec une famille dévastée cherchant désespérément des réponses, et un accusé aux versions contradictoires face à des preuves accablantes.



