Décès d'Iulen Madariaga, cofondateur d'ETA et figure historique du nationalisme basque
Iulen Kerman de Madariaga Agirre, l'un des cinq membres fondateurs de l'organisation séparatiste basque ETA, est décédé lundi 5 avril 2021 à l'âge de 88 ans. Il vivait depuis de longues années retiré dans une maison en bois et pierres, construite par son frère, perdue dans la forêt entre Saint-Pée-sur-Nivelle et Ainhoa, dans le Pays basque français.
Un parcours marqué par l'engagement et les ruptures
Né à Bilbao le 11 octobre 1932, Iulen Madariaga a connu l'exil au Chili avec sa famille durant la guerre civile espagnole (1936-1939). De retour en Biscaye, il a étudié le droit, obtenant un doctorat en droit international public à l'université de Cambridge au Royaume-Uni. Avocat de profession, il s'est engagé très tôt dans le militantisme politique, fréquentant de jeunes intellectuels issus de la bourgeoisie aristocratique biscayenne.
Avec ces derniers, dans les années sombres du franquisme, il a fondé Ekin (Agir en basque), qui est devenu ETA (Euskadi eta Askatasuna) en juillet 1959. Cette organisation a été responsable d'un demi-siècle d'attentats et de violences, causant près d'un millier de morts selon un rapport du gouvernement d'Euskadi.
Une distanciation progressive avec la violence
Arrêté et emprisonné à plusieurs reprises en France et en Espagne, Iulen Madariaga a pris ses distances avec ETA dans les années 1990, désapprouvant la violence dans laquelle l'organisation s'était enfermée. En 1988, il a été interpellé par la police française et condamné à quatre ans de prison, soupçonné de fournir des aimants pour des explosifs. Libéré en 1991, il s'est consacré au bras politique d'ETA, Herri Batasuna (HB), mais ses critiques envers la branche violente se sont accentuées.
Considéré comme un traître par certains milieux etarras, il a été menacé et pris à partie à plusieurs reprises. L'assassinat en 1995 de Gregorio Ordóñez, conseiller municipal du Partido Popular à Saint-Sébastien, a marqué un point de non-retour pour lui, le poussant à quitter HB.
La création d'Aralar et le devoir de mémoire
Après sa rupture avec ETA, Iulen Madariaga a participé à la création d'Aralar, une nouvelle formation politique, aux côtés de l'avocat navarrais Patxi Zabaleta. Plus tard, il a écrit ses mémoires, Egiari zor (Devoir de mémoire), publiées en 2014 aux éditions Erein. Dans des interviews, il a expliqué son évolution, soulignant que la majorité sociale, y compris la gauche abertzale, avait rejeté la violence.
Figure de proue du mouvement indépendantiste basque jusqu'au début des années 2000, son décès rappelle les débats au sein de la gauche abertzale et l'histoire complexe du conflit basque, dont les archives continuent d'alimenter la réflexion collective.



