Crime des collégiennes héraultaises : l'avocate évoque le choc et l'influence des "Creepy pasta"
Crime des collégiennes héraultaises : l'avocate parle

Crime des collégiennes héraultaises : l'avocate décrypte l'état de choc et l'influence des légendes macabres en ligne

Dans l'affaire du meurtre d'un père à Fabrègues dans l'Hérault, perpétré par sa fille de 13 ans et sa petite amie du même âge, l'avocate de la jeune Léa (prénom modifié) livre des éléments cruciaux sur l'état psychologique de sa cliente et le rôle potentiel des phénomènes internet dits "Creepy pasta".

Une famille apparemment normale et un cadre éducatif classique

Me Vivien-Laporte, défenseure de l'adolescente écrouée pour assassinat, décrit un milieu familial totalement ordinaire. Les parents travaillaient, les trois filles âgées de 6, 8 et 13 ans fréquentaient l'école et bénéficiaient d'un cadre éducatif défini. La famille résidait à Fabrègues dans une maison de lotissement sans caractère luxueux ni précaire. Léa était scolarisée en classe de 4e dans un collège montpelliérain, où elle obtenait de bons résultats scolaires et maîtrisait quasiment l'anglais.

L'ombre inquiétante des "Creepy pasta" et l'absence d'expertise psychiatrique initiale

L'avocate souligne l'importance cruciale du phénomène "Creepy pasta", ces légendes virtuelles aux histoires macabres circulant sur internet, qui auraient pu influencer les adolescentes. "Quand j'ai vu Léa après la garde à vue, il n'y avait pas eu d'expertise psychiatrique et je le regrette", confie-t-elle, expliquant avoir refusé que sa cliente s'exprime lors de la mise en examen devant le juge en l'absence de cette évaluation.

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La défenseure précise que Léa lui a effectivement parlé de ces contenus en ligne, évoquant un personnage auquel elle aurait pu s'identifier, mais sans jamais affirmer que ce personnage lui aurait ordonné de passer à l'acte meurtrier. "Elle a évoqué un personnage, elle m'a dit qu'elle aurait pu s'identifier à ce personnage mais comme n'importe quel gamin peut avoir un repère, on est quand même en pleine adolescence", rapporte l'avocate, tout en maintenant une réserve quant au rôle déterminant de cette influence dans le passage à l'acte.

Un état de choc profond et une prise de conscience progressive

Au moment des faits survenus le 13 mars à Fabrègues, où le père a été tué d'un coup de couteau et la mère ainsi que la sœur de 8 ans blessées avec une lame, Léa se trouvait dans un état de choc intense. "Elle n'explique absolument rien du tout, elle était sous le choc", décrit Me Vivien-Laporte. L'adolescente présentait alors un récit linéaire et monocorde, comme détachée des événements, semblant emportée par les circonstances sans pleine conscience de leurs implications.

L'avocate note cependant une évolution récente : "Elle est choquée, ça veut dire qu'il y a une réaction, elle commence à comprendre ce qui s'est passé". Incarcérée à l'établissement pénitentiaire pour mineurs de Lavaur, Léa se consacre au dessin, une passion qu'elle affectionne particulièrement.

Des questions persistantes et un contexte adolescent complexe

Le dossier évoque une dispute apparemment bénigne avec les parents le jour du drame, concernant des tâches domestiques comme faire la vaisselle ou ranger sa chambre. "Mais il y avait forcément autre chose derrière", estime l'avocate, tout en excluant la consommation de psychotropes ou d'alcool.

La relation intime entre les deux adolescentes de 13 ans, toutes deux scolarisées en 4e et écrouées, interroge également. Leur amitié pourrait trouver racine dans des antécédents de harcèlement scolaire subis plus jeunes, selon les éléments du dossier. La mère de Léa, blessée lors de l'agression mais désormais sortie de l'hôpital avec sa fille de 8 ans également touchée, constitue un témoin essentiel qui ignorait totalement l'existence des "Creepy pasta".

Me Vivien-Laporte alerte sur la méconnaissance parentale de ces phénomènes internet inquiétants : "Si c'est vraiment ce phénomène qui est à l'origine, il faudra en parler, beaucoup de parents ne savent pas que ça existe". Elle établit un parallèle avec les légendes de son époque comme la Dame blanche ou le Loup, mais souligne la dimension numérique contemporaine : "Là c'est derrière la toile".

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L'influence des mangas, dont Léa est fanne, et la propension adolescente à se tourner vers des univers sombres et effrayants complètent ce tableau psychologique complexe. L'avocate conclut sur la singularité troublante de cette affaire : "Je n'ai jamais vu ce genre de cas avec des personnes si petites qui font ce genre de chose...", témoignant du caractère exceptionnel de ce drame familial qui continue d'interroger la justice et la société sur les influences numériques et les fragilités adolescentes.