Le 28 mars 1950, le crash du Laté-631 endeuille le bassin d'Arcachon
Crash du Laté-631 en 1950 : une tragédie aérienne

Le drame du Laté-631 : un jour noir pour l'aviation française

Le mardi 28 mars 1950, en fin d'après-midi, le bassin d'Arcachon est paisible sous un ciel clair. Soudain, vers 17h30, un événement tragique bouleverse la quiétude des lieux. L'hydravion géant Laté-631, immatriculé F-BANU et parti de Biscarrosse pour des essais, explose en vol à environ 2 kilomètres au large du Cap Ferret avant de s'abîmer dans les flots. À son bord, douze passagers, tous membres de services techniques aéronautiques, périssent dans cette catastrophe qui fera la une du journal Sud Ouest le lendemain.

Un témoignage poignant de la scène

Daniel Polastron, journaliste de Sud Ouest, se trouve sur la plage entre le Cap Ferret et La Vigne avec deux confrères parisiens au moment du drame. Sous le choc, il décrit dans l'édition du 29 mars ce qu'il a vu : « Un gros avion évoluait à quelque cent mètres d'altitude. Tout semblait aller bien, lorsque, brusquement, un panache de fumée se dégagea de l'arrière. En vingt secondes, ce fut la terrible chute de l'énorme masse. L'avion se retourne sur le dos et s'écrase dans une immense gerbe d'eau. » Aucun débris ne surnage à la surface de l'océan calme.

Les trois hommes donnent l'alerte et contactent la base de Biscarrosse. Les habitants locaux accourent sur la plage pour tenter de repérer le point de chute et porter secours. La base de Cazaux envoie immédiatement deux avions pour des recherches, rejoints par des bateaux. Seule une large tache d'huile indique le lieu de l'accident, où flottent trois corps parmi des morceaux de l'épave.

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Les opérations de sauvetage et les victimes

Les corps du chef pilote Boissard et du radio sont repêchés par la pinasse Etoile-Filante et le chalutier Henri-Jauvin, puis transportés à Arcachon dans la nuit. Boissard effectuait un dernier vol d'essai avant de regagner Paris pour son congé. Un troisième cadavre, récupéré par un chalutier des Sables-d'Olonne, est amené le lendemain avec une serviette contenant les papiers de bord. Les gendarmes du Cap Ferret et les autorités militaires de Biscarrosse sont sur place.

Le mercredi matin, les recherches se poursuivent avec l'aide de pêcheurs, mais à midi, l'ordre est donné d'abandonner. Les neuf autres victimes reposent désormais par 30 mètres de fond. Des scaphandriers venus de Brest arrivent le jeudi, mais les conditions maritimes empêchent l'approche de l'épave. Ce n'est que le samedi 1er avril que les techniciens, depuis le chalutier Typhon, réussissent à accrocher des débris avec un grappin, balisant la carcasse du Laté-631. Tous les corps ne seront pas retrouvés.

Les répercussions nationales et l'enquête

Le 30 mars, Sud Ouest publie la liste officielle des victimes, incluant des mécaniciens, ingénieurs et techniciens. Georges Bidault, président du Conseil, adresse un télégramme de condoléances au Préfet de la Gironde, soulignant que ce drame touche toute la Nation. Un hommage solennel est rendu le 1er avril, partageant la une avec les funérailles nationales de Léon Blum.

Le 23 juin 1950, près de trois mois après l'accident, la mer rejette un septième cadavre décapité sur la côte face au phare du Cap Ferret, nécessitant une identification par le parquet de Bordeaux.

Les causes techniques et l'interdiction de vol

Le F-BANU avait une vingtaine d'heures de vol et devait en effectuer dix de plus avant sa mise en service. La SEMAF, compagnie privée dirigée par Julien Brunhe, avait pris livraison de l'appareil le matin même et effectué un premier vol de réception. C'est lors du deuxième vol, destiné à des essais de vibration d'hélice, que le crash survient.

Les hélices, de fabrication française alors que le moteur est américain, sont le point sensible de l'hydravion. Selon les techniciens, une pale d'hélice se serait détachée en vol, similairement à l'accident du Lionel-de-Marmier en 1945. La vibration extrême aurait arraché le moteur du plan, entraînant une vrille incontrôlable et le crash.

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Fleuron de l'industrie Latécoère, le Laté-631, premier vol le 4 novembre 1942, était le plus grand hydravion transatlantique civil de son époque. Son histoire est marquée par des malchances, dont la saisie du prototype par les Allemands et des bombardements alliés. À la suite de cet accident, le Laté-631 sera interdit de vol, mettant fin à une courte carrière commerciale de 1945 à 1955. Sur les dix appareils construits, seuls quatre ont été réellement exploités.