Le ciel est voilé, le vent est frais, les nuages assombrissent peu à peu la lumière matinale, ce mercredi à Castelginest en Haute-Garonne. Une véritable ambiance d’un début d’apocalypse. Et comme dans un mauvais film d’horreur, le temps s’accompagne d’un véritable danger : la présence d’un cobra venimeux en liberté dans cette commune de 11.000 habitants.
Pourtant, à première vue, le centre-ville n’a pas tout à fait l’air d’une zone sécurisée. Les voitures bouchonnent et s’évitent pour trouver une place ou passer la ville. Sur la terrasse du Brennay’s Irish, le pub local, des habitants profitent d’un café chaud et d’une cigarette. Devant la boulangerie Bruno Pereira, de longues files d’attente se forment. Ce sont, d’ailleurs, surtout des grands-parents qui attendent pour une chocolatine, réquisitionnés en dernière minute pour garder les petits-enfants « privés » d’école aujourd’hui. Cependant, malgré la présence de ce visiteur pour le moins exotique, la vie continue calmement. Les gens rient, discutent, semblent plutôt curieux qu’inquiets à l’aube du grand week-end.
« Tout le monde ne parle que de ça »
« C’est la psychose partout ici. Tout le monde se demande où il est. Tout le monde le cherche, tout le monde a sa théorie sur sa provenance. C’est vraiment l’événement », confie Sandra, commerçante du centre-ville, entre deux clients. « Après, on n’a pas moins de monde en ville malgré la demande de confinement, mais tout le monde ne parle que de ça. » La veille, en effet, la mairie a lâché la bombe sur Facebook : « Présence avérée d’un cobra venimeux sur la commune ». Un scénario improbable qui a débuté lorsque deux habitants ont aperçu le reptile avant qu’une voisine ne parvienne à immortaliser la bête en photo.
Le fameux cobra qui a créé la panique. Le cliché, envoyé en mairie, ne laisse guère de place au doute. « Il s’agit d’un cobra à lunettes hautement venimeux », assure dans un communiqué, Pierre-André Durand, préfet de Haute-Garonne. Le maire, Grégoire Carneiro, a, de son côté, immédiatement activé le Plan Communal de Sauvegarde (PCS) et a informé la population via les panneaux d’affichage municipaux. Depuis, c’est le branle-bas de combat pour retrouver le dangereux invité.
Écoles, parcs, centre de loisirs fermés jusqu’à nouvel ordre
Ce mercredi alors, la ville est à l’arrêt. Le collège, les écoles maternelles, le centre de loisirs, les structures de la petite enfance et les établissements publics sont fermés. Même punition pour les parcs, les terrains de sport et les cimetières, verrouillés jusqu’à nouvel ordre par le maire qui préfère « appliquer le principe de précaution. La population doit rester confinée », explique l’édile à 20 Minutes. « Je trouve ça normal et très bien que le parc soit fermé, on sent que [les autorités] prennent ça au sérieux », confie Cindy, maman d’une petite Esmée de 3 ans, qui devra patienter pour s’amuser avec les jeux pour enfants.
Car sur le terrain, la consigne est claire : évitez les herbes hautes. Et à Castelginest, entre les champs, les fossés et les terrains abandonnés, les cachettes ne manquent pas. C’est d’ailleurs ce qui inquiète les autorités. « Il a été aperçu dans des herbes bordant la route. On a mené des recherches hier soir, mais nous n’avons pas pu le retrouver. Il fait sans doute trop froid pour qu’il sorte », avance le maire, espérant que la fraîcheur des températures engourdisse le fugitif.
« C’est pas un lion non plus, ils l’attraperont »
Dans les rues, chacun adapte, donc, son itinéraire. Chantal, une quinquagénaire croisée en centre-ville, promène son carlin d’un pas pressé. « D’habitude, on va vers la piste cyclable, mais elle est fermée depuis hier soir. Alors on reste sur le goudron, bien au milieu », glisse-t-elle en jetant un œil nerveux aux bordures végétalisées.
Plus loin du cœur de la ville, Jean-Marc, retraité imperturbable, continue de tailler ses arbustes dans son jardin juste en face d’une zone de friches. Pour lui, pas question de s’enfermer. « C’est pas un lion non plus, ils l’attraperont. Faut pas avoir peur. Il ne va pas venir ici par la route », lance-t-il avec assurance. Au comptoir du café, l’ambiance est plus électrique. Alors que deux clients s’écharpent gentiment, un habitué accoudé devant un allongé s’amuse de la situation : « Dites donc, il y a une tension dans l’air entre vous ! Ça doit être l’effet cobra ! ».
« Ne vous en approchez pas et appelez le 18 »
Les sapeurs-pompiers spécialisés et la gendarmerie de la Haute-Garonne sont mobilisés pour localiser l’animal, mais aussi son propriétaire, pour l’instant introuvables. Après une courte accalmie, la mission de recherche doit reprendre ce mercredi après-midi.
Le préfet a, de son côté, renouvelé ses appels à la prudence : « Ne vous rendez pas sur le secteur pour votre sécurité et pour ne pas perturber les opérations. Si vous voyez l’animal, ne vous en approchez pas et appelez le 18. » À l’heure où nous écrivons ces lignes, le cobra court, ou plutôt rampe, toujours.



