Un père de 89 ans maltraité en maison de retraite : sa fille témoigne
Maltraitance en maison de retraite : le témoignage choc d'une fille

Pendant trois semaines, Dominique a confié son père âgé de 89 ans à la Villa Amélie, à Saint-Rogatien. Au terme de ce séjour, le vieux monsieur est devenu squelettique, incapable de boire seul. Elle a fait un signalement à l’Agence régionale de santé (ARS) pour dénoncer de nombreux manquements.

Des photos accablantes

Les photos envoyées par mail sont très dures à regarder tant les blessures sont profondes. Elles témoignent de plusieurs bleus sur un corps endolori et amaigri, de nombreuses lésions comme cet impressionnant trou dans la chair violacée du talon. « Je vous ai confié mon père pour une durée de trois semaines afin que ma mère se repose. Je vous l’ai amené valide, il se déplaçait en déambulateur, avait besoin d’aide à la toilette et à l’habillage, mais mangeait seul. En trois semaines, nous l’avons retrouvé grabataire, squelettique, avec des blessures et des escarres, des douleurs aux côtes et au dos, incapable de boire un simple verre de jus d’orange », écrit Dominique à la direction de la Villa Amélie, une maison de retraite médicalisée appartenant au groupe privé LNA.

Une famille sous le choc

Elle est encore sous le choc, épuisée par la colère et les démarches, mais a tenu à témoigner pour que cela ne se reproduise plus. Elle a du mal à imaginer que le cas de son père soit isolé. « Mon père est un homme adorable, qui n’aime pas demander de l’aide. C’est donc impossible que ce soit le seul dans cette situation. Il faut que d’autres personnes témoignent », confie-t-elle. Pour que l’affaire soit connue, elle a écrit aux médias et saisi l’ARS. Quatre ans après la sortie du livre « Les Fossoyeurs » de Victor Castanet, dénonçant les dysfonctionnements jusqu’à la maltraitance systémique au sein du groupe privé Orpea (désormais Emeis), son témoignage est une nouvelle déflagration sur la qualité des soins de nos aînés.

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Étendue des dégâts

« Mais que s’est-il donc passé dans votre établissement ? », interroge Dominique dans le mail qu’elle adresse à la directrice le 1er mai dernier. La Villa Amélie est une maison de retraite médicalisée, ouverte en 2014, sur la commune de Saint-Rogatien, qui accueille 128 résidents et compte 95 collaborateurs selon le terme officiel de la direction. Le père de Dominique, qui vit encore chez lui à Périgny, y entre le 8 avril pour un séjour temporaire afin de permettre à sa femme, elle aussi âgée, de souffler et de se remettre d’une fracture des vertèbres. Sa fille, qui a attrapé un mauvais virus, ne pourra lui rendre visite que deux fois lors de la première semaine. Ce n’est qu’à sa sortie qu’elle va découvrir l’étendue des dégâts. « Lorsque nous sommes venus le chercher le 30 avril, il n’avait plus aucune force. Le soir même, la personne qui travaille pour le service hospitalisation à domicile de l’hôpital a été choquée et a pris des photos pour preuves que mon père était dénutri et blessé », raconte-t-elle.

Une rencontre mardi prochain

Dominique tombe des nues. Jamais on ne lui avait évoqué le moindre problème lorsqu’elle appelait au téléphone pour avoir de ses nouvelles. Aucun mot non plus de la directrice le jour de la sortie de son père, au moment de passer les grilles de la maison de retraite. A posteriori, elle découvre de nombreux manquements et l’absence quasi totale de soins. Le vieux monsieur n’aurait jamais été ausculté, ni pesé, et le personnel de l’établissement aurait carrément arrêté son traitement les 7 derniers jours, comme elle a pu le lire sur une note de liaison. La direction du groupe a fini par la contacter plusieurs jours après son mail du 1er mai. « On va mettre toute notre énergie pour savoir si oui ou non il y a eu des dysfonctionnements », déclare la directrice régionale, Audrey Bockelee, qui a présenté ses excuses. Une cellule d’analyses a été ouverte et une rencontre a été programmée ce mardi 19 mai 2026. Aujourd’hui, le père de Dominique est incapable de sortir de son lit et de porter une cuillère à sa bouche. « Avec un peu de recul, je me dis qu’ils en ont fait un peu trop. Ils nous ont abreuvés de beaux discours lors de notre première visite. Tout était beau, tout était parfait. Ils nous ont vendu une pub. Je n’aurais jamais pensé que mon père vive ça », lance Dominique.

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