Bou Meng, l'un des derniers survivants de la tristement célèbre prison S-21 des Khmers rouges, est mort dimanche à Phnom Penh à l'âge de 84 ans. Il était connu pour avoir témoigné contre ses bourreaux et pour avoir contribué à la mémoire du génocide cambodgien.
Un survivant de l'horreur
Bou Meng avait été arrêté en 1977, sous le régime de Pol Pot, alors qu'il était peintre. Il avait été emmené à S-21, une ancienne école transformée en centre de torture et d'exécution, où environ 14 000 personnes ont été détenues. Seules sept d'entre elles en sont sorties vivantes, dont Bou Meng.
Dans ses témoignages, il racontait avoir survécu en réalisant des portraits des bourreaux, notamment de Duch, le directeur de la prison. Cette activité lui avait valu d'être épargné alors que la plupart des détenus étaient exécutés.
Un témoin clé au procès de Duch
Bou Meng avait joué un rôle essentiel lors du procès de Duch, jugé par le tribunal spécial soutenu par l'ONU. Il avait livré un témoignage poignant, décrivant les conditions de détention inhumaines et les exécutions arbitraires. Sa mémoire et sa volonté de témoigner avaient été saluées par les observateurs.
Après le procès, Bou Meng avait continué à visiter le musée du génocide de Tuol Sleng, installé dans l'ancienne prison, pour raconter son histoire aux jeunes générations. Il avait également participé à des projets de mémoire et à des documentaires.
Un héritage pour la mémoire
Sa mort survient alors que le Cambodge commémore encore les 50 ans de la chute des Khmers rouges. Les historiens et les défenseurs des droits de l'homme soulignent que la disparition de Bou Meng représente une perte importante pour la transmission de la mémoire.
Le Centre de documentation du Cambodge (DC-Cam) a exprimé ses condoléances, rappelant que Bou Meng avait été un "symbole de résilience" et qu'il avait contribué à établir la vérité sur les atrocités commises. Le gouvernement cambodgien n'a pas encore réagi officiellement à son décès.



