Laëtitia R., handicapée en raison des années de sévices subis, a longuement raconté ce vendredi, devant la cour d'assises de Digne-les-Bains, sa descente aux enfers, face à son ex-compagnon jugé pour viols, torture et proxénétisme.
Une rencontre sous le signe de l'emprise
Tout commence par une rencontre dans une brasserie à la Seyne-sur-Mer (Var) en 2015. « Au départ, il montrait beaucoup d'intérêt pour ma vie, mon passé, mes blessures », explique Laëtitia R., sa main gauche ornée d'un tatouage « libre et forte » agrippée à la barre des assises. Guillaume B. se montre bienveillant, mais en réalité un piège semble se refermer sur la victime. L'ancien banquier paraît cibler méthodiquement les failles de Laëtitia R.
À partir de cette période, l'accusé lui parle de libertinage et lui propose de mettre en place des jeux de prostitution. « Il m'a dit : Essaye, tu vas voir, dans un couple c'est excitant », déroule-t-elle, la voix hachée par les sanglots. La nuit de Noël 2015, elle est forcée de se prostituer sur une aire de repos sous la menace. Selon ses dires, Guillaume B. « ne venait que le lundi pour récupérer son enveloppe » et « la frapper parce que c'était toujours mal fait ».
Une barbarie inouïe
En mars-avril 2016, le mis en cause la quitte. « J'ai commencé à avoir l'impression que j'en étais sortie », se remémore Laëtitia. Entre-temps, elle quitte le restaurant de sa grand-mère dans l'arrière-pays niçois pour démarrer une formation de prothésiste ongulaire à la Seyne-sur-Mer.
Quelques semaines plus tard, Guillaume B. reprend contact. « Un jour, j'étais en train de faire une cliente et je vois Crédit agricole sur mon téléphone. Comme j'avais des problèmes d'argent, j'ai vraiment cru que c'était ma banque », explique la plaignante. L'homme lui dit qu'il a bien réfléchi, qu'elle est « la femme de sa vie » et lui propose même de rencontrer ses enfants. « J'étais partagée entre cette peur de lui et cette emprise-là », souffle Laëtitia en regardant droit devant elle. À cette période, elle a des problèmes de logement et Guillaume B. lui propose de venir s'installer à Manosque (Alpes-de-Haute-Provence) avec ses trois filles. Elle accepte, la mécanique se referme.
Des violences d'une cruauté extrême
Les scènes de violence que Laëtitia décrit à la barre sont d'une barbarie inouïe. Un jour, alors qu'ils sont chez des amis, la plaignante accepte un verre sans demander l'autorisation de « son maître ». Dans une chambre à l'étage, il l'étrangle. Elle perd connaissance et s'urine dessus.
Il écoute ses consultations gynécologiques par téléphone et la force à retirer son stérilet. Une semaine après le déménagement à Manosque, elle tombe enceinte. « Je me disais : Si je le fais, peut-être qu'il me frappera moins… »
Le huis clos franchit les limites de l'innommable. Les sévices pleuvent, qu'elle peine encore à verbaliser : scatophilie, zoophilie, léchage des toilettes publiques… « J'avais l'impression de mourir à l'intérieur à chaque pratique imposée », sanglote la victime. « Je ne savais plus comment m'en sortir. Je me disais : Si je le fais, peut-être qu'il me frappera moins », tente-t-elle d'expliquer à la cour pour justifier cette apparente soumission que la défense tente d'exploiter.
Une emprise totale
L'emprise de Guillaume B. s'exerce, selon le témoignage de la plaignante, sur chaque parcelle de la vie et du corps de sa victime. Laëtitia est empêchée de dormir. « J'ai le droit à une nuit de sommeil tous les 10 jours », détaille celle qui est forcée à rester éveillée au téléphone avec « son maître », ou à se prostituer « jusqu'à 4 heures du matin ».
Comble de l'innommable, le jour de sa sortie de la maternité, en 2017, l'accusé oblige Laëtitia à s'arrêter sur une aire d'autoroute pour prodiguer une fellation à un routier. Aujourd'hui, son corps porte les stigmates indélébiles de cette barbarie. Elle est porteuse d'un neuromodulateur pour son incontinence anale. Sans oublier l'inscription dégradante au niveau du pubis que Guillaume B. l'aurait contrainte à se faire tatouer. « Je l'ai recouvert avec des fleurs », indique la plaignante, au terme d'une matinée de témoignage éprouvante.
Après la suspension, Laëtitia a quitté la salle. « Elle n'est plus en état d'assister aux débats aujourd'hui », indique son conseil, Me Philippe-Henry Honegger.



