L'épopée de Bruno Sulak, le légionnaire devenu roi de l'évasion dans le Sud-Ouest
Bruno Sulak, le roi de l'évasion dans le Sud-Ouest

L'incroyable destin de Bruno Sulak, du légionnaire au roi de l'évasion

Le 11 mars 1984, la police a déjoué une tentative d'évasion en hélicoptère des plus spectaculaires à la prison de Gradignan, près de Bordeaux. Cette opération audacieuse était orchestrée par Bruno Sulak, un braqueur de bijouteries de luxe surnommé « le roi de l'évasion » ou « l'Arsène Lupin des bijouteries de luxe ». Né le 6 novembre 1955 en Algérie, Sulak s'était engagé dans la Légion étrangère en 1976, à l'âge de 20 ans. Affecté aux parachutistes à Calvi en Corse, il a quitté la caserne sans permission en mai 1978 pour rendre visite à sa famille, pensant que son absence passerait inaperçue. Malheureusement pour lui, son régiment a été mobilisé ce jour-là pour une intervention à Kolwezi, au Zaïre. Considéré comme déserteur, il s'est alors tourné vers le grand banditisme.

Une carrière criminelle marquée par des cavales retentissantes

À la grande époque, Bruno Sulak fréquentait les soirées de la discothèque La Régence à Périgueux, ville d'origine de sa femme, Patricia. C'est sur les bords de l'Isle qu'il a été interpellé pour la première fois en mars 1979, non pas pour ses hold-up, mais pour sa désertion de l'armée. Lors de la fouille de sa voiture, les policiers ont découvert une grande quantité de billets de banque, des chèques et des armes utilisées lors de braquages. Immédiatement incarcéré, il n'est pas resté longtemps en prison. Six années d'une folle épopée, entrecoupées de cavales et de casses spectaculaires de bijouteries, ont suivi.

Les tentatives d'évasion : un palmarès impressionnant

Bruno Sulak avait déjà à son actif plusieurs évasions remarquables :

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  • L'évasion de la prison d'Albi le 23 juin 1980, après avoir scié les barreaux de sa cellule.
  • Une « fugue » en août 1982 lors d'un transfert par train de la prison de Montpellier à celle de Lyon.

Capturé le 11 février 1984 au poste frontière de Biriatou après une cavale de sept mois, il était alors le prisonnier le plus recherché de France. Incarcéré sous le nom de Radisa Savik à Bayonne, il a été identifié presque par hasard le 29 février et transféré à Gradignan. C'est là qu'il a tenté sa troisième évasion, cette fois en hélicoptère, avec la complicité de son ami Radisa Joanovic, âgé de 29 ans, qui avait participé au casse de la joaillerie Cartier à Cannes en août 1983.

L'opération hélicoptère : un échec tragique

Joanovic avait retenu un hélicoptère de la société Airlec à l'aéroport de Bordeaux-Mérignac sous une fausse identité, prétextant tourner une vidéo sur le réseau autoroutier. En réalité, il devait se poser dans la cour de la prison de Gradignan lors de la promenade matinale des détenus pour faire évader Sulak. Cependant, la Police de l'air et des frontières avait eu vent de ce projet de commando, qui incluait une prise d'otages. Le 11 mars 1984, à 8h30, Joanovic a été abattu de deux balles par un policier du SRPJ avant le décollage, après avoir dégainé un revolver de gros calibre. Sur lui, les autorités ont trouvé une lettre détaillant « la marche à suivre », un plan de la prison, une carte du Pays basque, ainsi que plusieurs revolvers et grenades. Deux autres complices ont réussi à s'échapper dans une Mercedes bleue immatriculée à Paris, retrouvée plus tard à Caudéran.

La fin tragique d'un gentleman cambrioleur

Bruno Sulak n'est pas resté longtemps à Gradignan. Jugé pour un braquage en 1978 à Albi, il a été condamné le 21 mars 1984 à neuf ans de prison. Incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis dans l'Essonne, il est mort le 29 mars 1985, à l'âge de 29 ans, dans des conditions troubles lors d'une ultime tentative d'évasion, avec la complicité du sous-directeur de la maison d'arrêt et d'un surveillant. Son parcours, marqué par des actes audacieux et une fierté à ne jamais avoir versé une goutte de sang, reste gravé dans les mémoires comme celui d'un « gentleman cambrioleur » aux méthodes spectaculaires.

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