Bordeaux : des copropriétaires engagent un gardien contre les dealers après sept mois d'intrusions
Bordeaux : un gardien privé contre les dealers dans un immeuble

Bordeaux : la lutte coûteuse d’un immeuble contre les dealers et toxicomanes

Après sept mois d’intrusions répétées, les copropriétaires d’un immeuble de la rue Causserouge, dans le centre de Bordeaux, ont pris une mesure radicale fin janvier : l’engagement d’un agent de sécurité privé. Une solution onéreuse et forcément provisoire pour tenter de mettre fin aux nuisances liées au trafic de drogue.

Un quotidien envahi par le trafic

Dans cet immeuble paisible de seize appartements, un trou discret dans l’armoire électrique sert de cache pour pochons de drogue, matériel ou argent liquide. Des toxicomanes consomment directement dans l’escalier de pierre ou dans l’arrière-cour, à l’abri des regards de la rue. « J’ai appris que le manque causait des diarrhées importantes », explique Alexandre, propriétaire d’un des logements. « L’odeur devient parfois pestilentielle. »

Depuis août 2025, les intrusions dans les parties communes se sont multipliées. « J’étais avec mon locataire quand nous avons entendu un gros boum. La porte de l’immeuble s’est ouverte. Deux hommes sont entrés. Ils se sont échangés quelque chose », raconte-t-il. Des seringues usagées et des mouchoirs tachés de sang abandonnés en nombre confirment la présence d’héroïne.

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Une facture de sécurité qui s’alourdit

Le manège, quasi quotidien, a poussé les copropriétaires à investir lourdement. « On en paye le prix fort », déplore Alexandre. La facture s’élève déjà à 3 600 euros pour un interphone dernier cri, des réparations hebdomadaires sur la porte d’entrée, un système à aimants capable de résister à une poussée de 600 kilos, et jusqu’à l’agent de sécurité privé.

Ce professionnel, accompagné de son chien, surveillait les entrées de 19 heures à 1 heure du matin pendant quinze jours. « Pour des résultats certains », mais à un coût prohibitif de 2 873 euros. « On ne pouvait pas payer plus », regrette Alexandre. Les copropriétaires ont depuis installé un nouveau système d’interphonie, les trafiquants ayant réussi à récupérer des badges fonctionnant avec l’ancien.

Un environnement anxiogène pour les résidents

L’immeuble, situé entre le cours Victor-Hugo et le campus de la Victoire, est principalement habité par de jeunes étudiants. « Ce sont nos enfants qui se retrouvent ennuyés », s’insurge Alexandre. « Qui plus est, à 20 mètres des lycées Montaigne et Le Mirail. »

Certains habitants ont déjà jeté l’éponge. Le locataire de Serge est parti précipitamment après sept ans. « Le nouveau n’ose plus descendre de chez lui. Certains individus porteraient des machettes. Il dit aussi tomber régulièrement sur des toxicos en train de se piquer », s’alarme Serge. « On peut perdre l’immeuble à cause d’individus comme cela. »

Des autorités mobilisées mais des solutions limitées

La copropriété a déposé plainte auprès du procureur de la République, adressé deux courriers à la mairie de quartier, et signalé « à maintes reprises » les faits aux forces de l’ordre. Les nuisances se sont étendues aux adresses voisines au fil des mois.

Contacté, Marc Etcheverry, adjoint au maire en charge de la sécurité, annonce placer la rue Causserouge « dans le viseur de la police municipale pour des passages renforcés ». « Nous avons aussi demandé à la police nationale de se saisir du sujet », poursuit l’élu.

Il alerte sur « le travail de fond » nécessaire pour sécuriser les entrées du vieux Bordeaux, avec des missions de conseil pour adapter des portes trop anciennes. Le secteur est sensible : à 300 mètres se trouve la place des Capucins, une zone de deal sous surveillance, et à 200 mètres le Centre d’accueil et d’accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues (Caarud) de la rue Saint-James.

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Vers des solutions structurelles ?

« Il faut revenir aux racines du problème : l’explosion de la consommation de drogue », estime Marc Etcheverry. Pour y répondre, il prône « une augmentation de la jauge Caarud dans Bordeaux et la création d’une halte soins-addictions en milieu hospitalier », afin que les consommations ne s’effectuent plus dans l’espace public.

En attendant, les copropriétaires envisagent l’installation d’une serrure motorisée à quatre points de fermeture, pour la bagatelle de 8 500 euros. « Sans une voiture bélier, on ne pourra plus entrer », espère Alexandre. Le prix de la tranquillité, dans un quartier où la lutte contre les nuisances liées à la drogue reste un défi quotidien.