Dans les archives : la nuit tragique du 4 mars 1984 à Bordeaux
Le 4 mars 1984, aux premières heures du matin, les rues désertes de Bordeaux deviennent le théâtre d'une course-poursuite qui tourne au drame. Une équipe de quatre cambrioleurs, après avoir dévalisé un magasin de photo, prend la fuite au volant d'une voiture volée, déclenchant une traque policière qui se conclura par un accident mortel.
Le cambriolage du magasin Shop Photo
Vers 4 heures du matin ce dimanche, quatre individus s'attaquent au magasin Shop Photo situé à l'angle des rues Nancel-Penard et Edmond-Michelet, non loin de la place Gambetta. Ils sectionnent les mailles métalliques du rideau de protection, fracturent la porte vitrée et chargent leur butin - magnétoscopes et appareils photos - dans le coffre de leur véhicule.
Leur moyen de fuite est une Peugeot 505 turbo injection gris et noir, presque neuve, qui présente une particularité inquiétante : elle appartient au parc automobile de la préfecture des Landes. Volée la veille entre 20 et 22 heures devant le Stade municipal pendant le match de football opposant les Girondins à Laval, sa disparition avait déjà été signalée aux forces de l'ordre.
La traque policière dans Bordeaux endormi
Un passant vigilant remarque les agissements suspects et alerte une patrouille de police croisée peu après. Les agents se dirigent immédiatement vers les lieux du cambriolage, circulant sans gyrophare ni sirène mais dans une voiture blanche clairement identifiable. En les apercevant, les cambrioleurs s'engouffrent dans leur véhicule et démarrent en trombe en direction de la place Gambetta.
Les policiers relèvent le numéro de la 505 et réalisent qu'ils ont affaire non seulement à des casseurs mais aussi aux voleurs de la voiture préfectorale. Commence alors une poursuite déséquilibrée : les rues désertes de Bordeaux à cette heure permettent au conducteur de la 505 d'exploiter toute la puissance de son véhicule, tandis que le break Renault diesel des policiers peine à suivre.
La course folle à travers la ville
La fuite prend des allures de course effrénée. La 505 traverse la place Gambetta, passe sous la porte Dijeaux, emprunte la rue piétonne avant de redescendre la rue Vital-Carles. Elle contourne ensuite la place Pey-Berland devant la mairie et s'engage sur le cours Alsace-Lorraine en direction des quais, atteignant une vitesse estimée à 140 kilomètres à l'heure.
Pendant ce temps, les forces de police se mobilisent. Les patrouilles du secteur convergent vers la place Pey-Berland où arrivent un fourgon de Police-Secours et un équipage de la Brigade de Surveillance de Nuit. Mais la 505 est déjà loin, filant à toute allure vers son destin tragique.
L'accident mortel au carrefour
À l'intersection de la rue Ravez, au débouché du Palais des sports, le feu tricolore est au rouge. La 505 ne ralentit même pas et percute de plein fouet une Peugeot 504 venant de la rue Ravez. L'impact est violent : la 504 est projetée contre une minicar Toyota stationnée à l'angle opposé du carrefour. Le véhicule des malfaiteurs s'immobilise une quarantaine de mètres plus loin.
Les policiers, témoins du choc depuis leur position, arrivent sur les lieux dans les secondes qui suivent. Le spectacle est macabre : le côté droit de la 504, immatriculée en Charente-Maritime, est complètement enfoncé sur la moitié de la largeur du véhicule.
Le bilan humain dramatique
Dans la voiture percutée se trouvaient quatre jeunes gens - deux hommes et deux femmes - qui revenaient d'une soirée à Bordeaux. Le conducteur, Francis Perrier, 24 ans, originaire de Salignac-de-Mirambeau en Charente-Maritime, et Martine Martin, 27 ans, de Saint-Ciers-sur-Gironde, sont tués sur le coup.
Les deux autres occupants, Florence Da Silva, 21 ans, et Jean Favre, 22 ans, également de Saint-Ciers, sont grièvement blessés. Les secours - ambulances des pompiers et équipe du SAMU - interviennent rapidement pour prodiguer les premiers soins avant d'évacuer les victimes vers le service de réanimation du Tripode.
Le pronostic est particulièrement sombre pour Florence Da Silva, dont l'état est jugé désespéré. Jean Favre subit quant à lui une longue intervention chirurgicale. Les trois premiers jeunes gens étaient camarades de travail à l'entreprise de transport Avril de Saint-Ciers, les deux hommes étant chauffeurs et Martine Martin secrétaire. Florence était la compagne de Jean, ce dernier étant très connu à Saint-Ciers où il faisait partie, avec son frère, des sapeurs-pompiers bénévoles.
Les auteurs du drame
Par un cruel paradoxe, les quatre occupants de la 505 préfectorale s'en sortent pratiquement indemnes. Après un passage à l'hôtel de police, ils sont tout de même conduits au Tripode pour un examen médical complet. Il s'agit de Patrick M., 16 ans (conducteur de la 505), Stéphane Ornecq, 19 ans, Fati O., 17 ans, et Dominique Maurel, 20 ans.
Tous sont bien connus des services de police pour des faits de vol de voitures et de cambriolages. Le 24 février seulement, ils avaient été interpellés par la Brigade de Surveillance de Nuit dans le quartier Saint-Michel, leur base, au volant d'une Mercedes volée. Tous avaient été remis en liberté par le parquet, à l'exception de Maurel qui avait été écroué avant de retrouver la liberté dans la semaine précédant ce drame.
Cette nuit du 4 mars 1984 reste gravée dans la mémoire bordelaise comme un exemple tragique de la violence urbaine et de ses conséquences dévastatrices sur des vies innocentes, rappelant combien des actes délinquants peuvent basculer en quelques secondes vers le drame absolu.



