Dans le rétro : l'attentat du Talgo qui a secoué le Pays basque en 1984
Le 18 février 1984, à 2h15 du matin, une explosion retentit à Urrugne, une commune située à mi-chemin entre Saint-Jean-de-Luz et Hendaye. Cet attentat, revendiqué par le mouvement indépendantiste basque Iparretarrak, cible le train Talgo reliant Paris à Madrid. La déflagration, d'une puissance considérable, est entendue à plusieurs kilomètres à la ronde et fait voler en éclats les vitres des habitations voisines.
Un acte terroriste aux conséquences matérielles graves
La charge explosive arrache les rails des deux voies SNCF sur plusieurs mètres. Quelques instants plus tard, le Talgo, lancé à 100 km/h, arrive sur les lieux. Un choc violent se produit, mais, par miracle, seuls cinq des douze essieux du train-couchettes espagnol de la Renfe déraillent. Les dégâts sont principalement matériels : environ 500 traverses sont arrachées sur une distance de 220 mètres avant que le train ne s'arrête complètement.
Le sang-froid héroïque du conducteur Henri Ode
Henri Ode, le conducteur du train originaire d'Hendaye, témoigne : « J'ai brusquement ressenti un choc d'une rare violence et j'ai instantanément compris que ma loco roulait à côté de ses rails. » Avec un calme remarquable, il active simultanément le frein d'urgence et le système d'abaissement des pantographes, stoppant ainsi le convoi. Son expérience de vingt-trois ans aux commandes de locomotives électriques et sa connaissance précise de la courbe de Untxingo-Errota ont été déterminantes pour éviter une tragédie. Grâce à son intervention rapide, les 110 passagers sont sains et saufs.
Un double miracle évite une collision meurtrière
Sur place, les policiers et les techniciens de la SNCF sont stupéfaits. Pour eux, c'est un véritable miracle qu'aucune victime ne soit à déplorer. La situation aurait pu être bien plus dramatique : à cet endroit, deux trains se croisent chaque nuit. Le train montant en direction de la France aurait inévitablement percuté le Talgo immobilisé sur l'autre voie. Heureusement, le convoi en direction de Paris, qui devait croiser le Talgo à cet instant précis, avait pris un léger retard et a pu être arrêté à temps. Après avoir sécurisé son train, Henri Ode envoie un collègue placer une torche à flamme rouge en amont pour signaler l'incident, puis court jusqu'au premier poste téléphonique d'alarme pour demander l'interruption immédiate de toute circulation, ce qui est exécuté depuis la gare d'Hendaye.
La signature incontestable d'Iparretarrak
Les enquêteurs établissent rapidement un lien avec Iparretarrak. Les lettres « I.K. », entourées d'un cercle tracé à la peinture aérosol rouge, sont découvertes sur les piliers du pont du moulin, une signature caractéristique du mouvement. Dans la matinée, un appel téléphonique anonyme adressé aux médias de la Côte basque revendique l'attentat, confirmant l'implication d'Iparretarrak. Bien que le groupe ait précédemment affirmé vouloir préserver les vies humaines innocentes dans sa lutte armée, cet acte au funeste projet laisse planer un doute sur ses véritables intentions.
Cet événement marquant rappelle la violence des actions indépendantistes dans la région à cette époque, tout en mettant en lumière l'héroïsme discret des professionnels du rail qui ont su éviter le pire.



