Attentat de Nice : 10 ans après, le récit du drame et le parcours judiciaire
Attentat de Nice : 10 ans après, le récit du drame et le parcours judiciaire

Le 14 juillet 2016, la Promenade des Anglais à Nice est le théâtre d'une tragédie sans précédent. Alors que 30 000 personnes célèbrent la fête nationale, un camion blanc de 19 tonnes fonce dans la foule, tuant 86 personnes et en blessant plus de 450. Dix ans après, le récit de cette nuit d'horreur et le long chemin judiciaire marquent encore les mémoires.

Le déroulement de l'attentat

À 22h30, au carrefour Magnan, Mohamed Lahouaiej Bouhlel, un Tunisien de 31 ans, prend le volant d'un camion loué quelques jours plus tôt. Sans phares, pied au plancher, il parcourt 1,7 km en zigzaguant sur le trottoir, fauchant tout sur son passage. Des témoins décrivent une rage froide dans son regard. Plusieurs personnes tentent de l'arrêter, dont Franck Terrier, un héros au scooter qui s'agrippe à la portière, ou Alexandre et Gwenaël, qui essaient d'entraver sa progression. Le camion ne s'arrête qu'après que les policiers ouvrent le feu près du Palais de la Méditerranée, abattant le terroriste.

Le chaos et les secours

La nuit du 14 juillet est un chaos total. Les standards des secours sont submergés, des rumeurs de fusillades et de prises d'otages provoquent des mouvements de foule. La Promenade des Anglais se transforme en charnier, avec des dizaines de blessés et de cadavres alignés sur des centaines de mètres. Le plan « NoVi » (Nombreuses Victimes) est déclenché. L'hôpital Lenval, situé à quelques centaines de mètres, reçoit des centaines de personnes. Le High Club devient un hôpital de campagne, et le Palais de la Méditerranée sert de point de regroupement. Le bilan initial fait état de 84 morts, avant d'être révisé à 86.

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Le profil du terroriste

L'enquête révèle un homme au profil complexe. Mohamed Lahouaiej Bouhlel, chauffeur livreur tunisien installé à Nice depuis dix ans, avait un passé de délinquance de droit commun : menaces, vols, violences conjugales. En mars 2016, il avait été condamné à six mois de prison avec sursis pour avoir frappé un automobiliste avec une palette en bois. Ses voisins le décrivent comme taciturne, sombre, en dépression après une séparation. Mais rien ne signalait une radicalisation : pas de fiche S, pas de pratique religieuse apparente (il buvait de l'alcool et mangeait du porc). Pourtant, les enquêteurs découvrent une préméditation minutieuse : repérages sur la Promenade, photos au volant du camion, et surtout des recherches internet mêlant vidéos de décapitations de Daesh, accidents sanglants, tortures et pornographie. Dix jours avant l'attentat, il se laisse pousser la barbe et écoute le Coran. Les enquêteurs concluent à une personnalité psychopathique fascinée par l'ultraviolence, ayant trouvé dans l'idéologie djihadiste le carburant de son acte.

Le réseau logistique et les procès

Autour du terroriste, la justice remonte une nébuleuse de dix suspects. Parmi eux, le « clan des armuriers albanais » (Artan Henaj, Enkeledja Zace, Maksim Celaj, Endri Elezi) qui a fourni un pistolet automatique 7.65 retrouvé dans la cabine du camion, ainsi qu'une Kalachnikov inutilisée. Ramzi Arefa, un dealer de cocaïne, a joué les intermédiaires pour l'achat de l'arme. Mais les deux accusés principaux sont Mohamed Ghraieb et Chokri Chafroud, les « amis » du terroriste. Leurs téléphones contiennent des messages troublants : Ghraieb appelait Bouhlel « fils de Daesh », et Chafroud suggérait des décapitations place Garibaldi ou d'attaquer la foule avec un « semi-remorque ».

Le verdict en appel

Le premier procès s'ouvre le 5 septembre 2022 à Paris. Le 13 décembre 2022, Ghraieb et Chafroud sont condamnés à 18 ans de réclusion criminelle pour association de malfaiteurs terroriste. Ils font appel. Le second procès se tient en 2024 à Paris, sous haute sécurité. La défense plaide l'absence de preuves matérielles tangibles, mais les magistrats restent inflexibles. Le 13 juin 2024, la cour d'appel confirme la culpabilité et durcit la peine : 18 ans de réclusion criminelle, assortis d'une peine de sûreté des deux tiers. Les victimes attendent désormais l'épilogue d'un autre volet judiciaire : un éventuel procès sur la sécurisation de la Promenade des Anglais.

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