Les faits
Le 13 mai 2026, l'assassinat de Mehdi Kessaci, 25 ans, abattu par balles dans le quartier de la Castellane à Marseille, a relancé les tensions entre le Parquet national antiterroriste (PNAT) et le parquet de Marseille. La victime, connue pour ses liens avec le trafic de stupéfiants, serait liée à la DZ Mafia, un réseau criminel implanté dans les Bouches-du-Rhône.
Le rôle d'Amine Oualane
Amine Oualane, 32 ans, considéré comme l'un des chefs de la DZ Mafia, est au cœur de l'enquête. Déjà mis en examen pour association de malfaiteurs et trafic de drogue, il est soupçonné d'avoir ordonné l'exécution de Kessaci pour régler un différend territorial. Les enquêteurs estiment que Oualane dirigeait depuis sa cellule de la prison des Baumettes un réseau de trafiquants.
Les divergences entre parquets
Le PNAT, saisi de l'affaire en raison de la qualification en association de malfaiteurs terroriste, estime que le crime relève du terrorisme. En revanche, le parquet de Marseille plaide pour une qualification en droit commun, arguant que le mobile est crapuleux et non idéologique. Cette opposition a conduit à un conflit de compétence, chaque juridiction revendiquant le dossier.
Le procureur de Marseille, Xavier Tarabeux, a déclaré : "Il s'agit d'un règlement de comptes entre trafiquants, sans aucune dimension terroriste." De son côté, le PNAT, dirigé par Olivier Christen, maintient que "les méthodes employées par la DZ Mafia, notamment l'utilisation d'armes de guerre et la terreur instillée dans les quartiers, justifient une qualification terroriste."
Les implications juridiques
Cette affaire soulève des questions sur la frontière entre crime organisé et terrorisme. Si le PNAT obtient la compétence, les peines encourues pourraient être alourdies, avec des possibilités de perquisitions de nuit et des gardes à vue prolongées. En revanche, une qualification en droit commun permettrait une instruction plus rapide, mais avec des moyens d'enquête moins étendus.
Des associations de victimes ont exprimé leur inquiétude face à cette guerre des parquets, craignant que la priorisation de la lutte antiterroriste ne détourne les ressources des enquêtes sur le trafic de drogue. Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, a appelé à une concertation entre les deux juridictions pour éviter une paralysie judiciaire.
Le contexte marseillais
Marseille est confrontée à une recrudescence des violences liées au trafic de stupéfiants. En 2025, la ville a enregistré 49 homicides, dont 80 % en lien avec la drogue. La DZ Mafia, créée en 2020, est devenue l'un des gangs les plus puissants, avec un chiffre d'affaires estimé à 200 millions d'euros par an. Les autorités peinent à endiguer ce phénomène, malgré des opérations policières régulières.
L'assassinat de Mehdi Kessaci n'est que le dernier épisode d'une guerre des gangs qui ensanglante les quartiers Nord. Les riverains, pris en étau entre les trafiquants et les forces de l'ordre, réclament plus de sécurité et de moyens pour la police judiciaire.



