Mars 1982 : l'arrestation rocambolesque d'un cambrioleur bordelais
Le 9 mars 1982, un jeune truand bordelais, Henri Cano, âgé de 25 ans, est appréhendé par les policiers du commissariat de Bègles et de la Sûreté urbaine. Cette arrestation fait suite à une série impressionnante de trente-trois cambriolages perpétrés en un peu plus d'un mois entre Bordeaux et sa banlieue sud.
Une enquête minutieuse menée par des inspecteurs perspicaces
Tout commence à Bègles grâce à la curiosité professionnelle des inspecteurs Panatié, Aoustin et Debelleix. Ces derniers remarquent le manège étrange d'une Peugeot 504 blanche, dont le conducteur leur rappelle vaguement une ancienne connaissance. Rapidement, une filature discrète et des planques inconfortables sont mises en place pour établir l'emploi du temps du suspect.
Henri Cano, identifié comme le chauffeur de la 504, adopte une prudence certaine en changeant de véhicule pour une Alfa Roméo. Ce changement conforte les inspecteurs dans leurs soupçons et les pousse à redoubler de vigilance. Ils sont désormais convaincus que Cano est le cambrioleur solitaire opérant dans la banlieue sud, notamment à Bègles et Villenave-d'Ornon.
Une collaboration policière pour suivre un individu mobile
À ce stade, les policiers de Bègles reçoivent le renfort de quatre collègues : Castéja, Said, Le Péron, Paradot et Hébert. La mobilité de Cano, qui se joue des embouteillages en ville et ne s'embarrasse pas des feux rouges, nécessite une organisation rigoureuse. Les inspecteurs se relayent pour assurer une surveillance continue.
Après avoir repéré le domicile de Cano, rue Ernest-Renan à Bordeaux, les policiers décident de passer à l'action. Le 9 mars, à 6 heures du matin, ils frappent à sa porte. Mais le suspect, réalisant que ce n'est pas l'heure du laitier, tente une fuite risquée par le toit.
Une arrestation sous la pluie et au péril de sa vie
Sous une pluie froide, Henri Cano, vêtu seulement d'un slip, grimpe sur les tuiles. Il glisse, s'empêtre dans des fils électriques, provoquant un feu d'artifice. Miraculeusement, il évite l'électrocution. Prudent, il se laisse couler dans une rue adjacente, essoufflé, où il est finalement arrêté.
Après s'être habillé chaudement chez lui, il est conduit à la Sûreté. Après les dénégations habituelles, il opte pour une confession complète et détaillée. Cano explique aux policiers comment, depuis fin janvier, il a commis trente-trois cambriolages par effraction, tant en ville qu'en banlieue.
Un modus operandi précis et une motivation liée à la drogue
Rusé et observateur, Henri Cano n'opérait que le jour, entre 11 heures et 17 heures, avec une précision et une rapidité déconcertantes. Il dédaignait les objets encombrants comme les bibelots ou l'argenterie, préférant rafler du numéraire et des bijoux en or, dont il se débarrassait le jour même. Cela explique pourquoi les perquisitions à son domicile et dans sa résidence secondaire de Pompignac n'ont rien donné.
Lorsque les policiers lui font remarquer qu'il a commis sept cambriolages rue Cruchinet dans l'après-midi du 7 mars, Cano rectifie, non sans fierté : Non, en une heure et demie seulement. Le malfaiteur, sur lequel les inspecteurs découvrent de l'héroïne et une seringue, est un drogué notoire. Il avoue dépenser quotidiennement 800 francs pour sa drogue, soit 24 000 francs par mois.
Une issue judiciaire rapide
Henri Cano, qui faisait l'objet de recherches par les brigades de gendarmerie de Bordeaux, Bègles et Lormont, ainsi que d'un mandat d'amener d'un juge d'instruction bordelais, est présenté au parquet avant d'être écroué à la prison de Gradignan. Cette affaire, plongée dans les archives, rappelle les faits marquants qui ont façonné la mémoire collective de la région.



