Arnaques sentimentales : les banques doivent-elles rembourser les victimes de faux Brad Pitt ?
Arnaques sentimentales : les banques doivent-elles rembourser ?

Arnaques sentimentales : les banques face à leurs responsabilités

Les escroqueries aux sentiments connaissent une inquiétante recrudescence, ciblant principalement des personnes isolées, fragiles ou âgées. Le mécanisme est bien rodé : un escroc se fait passer pour une célébrité, établit une relation de confiance avec sa victime, puis lui soutire des sommes parfois considérables. Une fois la supercherie découverte, les victimes cherchent désespérément à récupérer leur argent. Mais les établissements bancaires peuvent-ils être tenus pour responsables et contraints au remboursement ?

Le cas emblématique d'Anne, victime d'un faux Brad Pitt

L'affaire d'Anne, décoratrice d'intérieur de 53 ans, a récemment défrayé la chronique. Escroquée par un individu se faisant passer pour l'acteur Brad Pitt, elle a versé la somme astronomique de 830 000 euros. L'escroc utilisait des photos modifiées par intelligence artificielle pour entretenir l'illusion. Le 12 février dernier, Anne a décidé de porter plainte contre ses banques, estimant que celles-ci n'auraient pas dû autoriser ces transactions suspectes.

Le devoir de vigilance des banques : un cadre juridique précis

Pour Jérôme Lasserre Capdeville, maître de conférences en droit bancaire, cette action en justice n'a rien de surprenant. "Les banques font l'objet d'actions en justice chaque fois qu'une personne s'est fait escroquer", explique-t-il. Le professionnel bancaire est tenu à un principe de non-ingérence, mais reste soumis à un devoir de vigilance. Ce devoir s'applique dans deux cas précis : la lutte contre le blanchiment d'argent et lorsqu'une opération présente une anomalie apparente.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

La jurisprudence récente apporte des précisions cruciales. "Des paiements importants réalisés dans un délai assez court, à destination de comptes à l'étranger, ça ne suffit pas pour qu'il y ait une anomalie apparente", souligne l'expert. L'anomalie serait surtout caractérisée si le compte de la victime se retrouvait à découvert suite à ces virements.

Le libellé des virements : un élément central du litige

Dans sa plainte, Anne et ses avocats s'appuient sur les libellés des virements effectués, jugés particulièrement suspects : "Opération de William Bradley Pitt", "Transplantation du rein de William Bradley Pitt à la Clinic Mayo Dr Hatem". Ils estiment que ces mentions auraient dû alerter la vigilance du conseiller bancaire.

"Sur les intitulés, il y aura, je pense, une grande question", estime Jérôme Lasserre Capdeville. Si l'affaire devait remonter jusqu'à la Cour de Cassation, celle-ci pourrait clarifier la situation, bien qu'elle ne se soit jamais prononcée sur ce sujet spécifique. Actuellement, il n'existe aucune jurisprudence concernant des libellés de virements qui auraient dû déclencher une alerte.

Des chances de récupération proches de zéro

Malgré ces arguments, l'expert reste pessimiste quant aux chances de succès. "Les chances de succès et de récupérer l'argent sont proches de zéro", estime-t-il. Frédéric Cabarrou, directeur départemental de l'Hérault de la Banque de France, confirme que des cas d'arnaques sentimentales ont été recensés dans le département ces dernières années. Dans ces situations, "les banques ne remboursent pas forcément" les victimes, même si des assurances peuvent parfois intervenir.

La responsabilité de chaque acteur reste complexe à déterminer. Les banques mettent en place des systèmes de sécurité comme la double authentification et la validation des virements, que la victime – même sous influence – doit accepter.

D'autres victimes dans la région

Ces escroqueries touchent de nombreuses personnes. Dans la région, une Aveyronnaise a ainsi été flouée de plus de 38 000 euros par des escrocs se faisant passer pour de faux amoureux sur Internet. Fait rare, plusieurs prévenus ont été arrêtés et jugés lors d'un procès à Rodez. Comme la majorité des victimes, elle ne reverra cependant jamais son argent.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Les arnaques sentimentales représentent un défi majeur pour les autorités, les institutions bancaires et la société dans son ensemble. Alors que les escrocs perfectionnent leurs méthodes, notamment grâce aux nouvelles technologies, la question de la protection des personnes vulnérables et de la responsabilité des intermédiaires financiers reste plus que jamais d'actualité.