L'ANJ tire la sonnette d'alarme sur les dangers des marchés de prédiction
L'Autorité nationale des jeux (ANJ) a émis un avertissement sérieux mardi concernant les risques d'addiction liés aux plateformes de marchés de prédiction. Ces sites, qui permettent de parier sur des événements politiques, sportifs ou géopolitiques, présentent selon l'autorité régulatrice des caractéristiques particulièrement addictives, amplifiées par l'absence totale des mécanismes de protection existant sur le marché légal des jeux d'argent en France.
Des plateformes interdites mais en plein essor
L'ANJ rappelle fermement que ces sites de prédiction sont considérés comme des jeux d'argent illégaux sur le territoire français. À la demande de l'autorité, les principaux acteurs du secteur ont mis en place un géoblocage empêchant théoriquement toute prise de jeu depuis la France, sauf contournement par VPN. Malgré cette interdiction, le succès de ces plateformes ne cesse de croître, notamment depuis l'élection présidentielle américaine de 2024.
Les marchés de prédiction sont dominés par les géants Polymarket et Kalshi. Les chiffres révélés par l'ANJ sont éloquents : entre janvier et octobre 2025, les volumes cumulés de transactions sur les principales plateformes mondiales dépassaient les 27,9 milliards de dollars, soit environ 23,7 milliards d'euros. Leurs revenus cumulés sont estimés à 2 milliards de dollars (1,70 milliard d'euros) selon une étude de Citizens. Les frais de transactions directs ou indirects constituent la principale source de revenus de la majorité de ces marchés de prédiction, précise l'autorité française.
Une réponse internationale fragmentée
La France n'est pas le seul pays à s'inquiéter de la prolifération de ces plateformes. Plusieurs nations européennes ont également bloqué l'accès à Polymarket, estimant que la plateforme propose des services de jeux d'argent sans disposer des licences requises. Parmi ces pays figurent l'Allemagne, la Belgique, la Roumanie, la Suisse, les Pays-Bas, la Pologne, la Grèce, Chypre, l'Ukraine et le Portugal.
La situation internationale apparaît particulièrement contrastée. Aux États-Unis, Polymarket a été autorisé par la CFTC (Commodity Futures Trading Commission) à proposer des paris auprès des résidents américains en novembre 2025. Cependant, dans un revirement notable, le Nevada Gaming Control Board vient d'assigner en justice Polymarket, estimant que ses marchés de prédiction constituent des jeux d'argent illégaux devant faire l'objet de mesures de blocage.
D'autres régulateurs dans le monde ont pris des mesures similaires. L'Australie a placé Polymarket sur liste noire le 14 août 2025, tandis qu'en Colombie, le régulateur a demandé en septembre dernier aux fournisseurs d'accès internet de bloquer l'accès à la plateforme.
Un appel à la vigilance renforcée
Face à cette expansion préoccupante des marchés de prédiction et à leurs risques avérés d'addiction, l'ANJ renouvelle son appel à la plus grande prudence. L'autorité souligne que ces plateformes, bien que techniquement bloquées en France, restent accessibles via des moyens de contournement, exposant ainsi les joueurs à des dangers significatifs en l'absence de tout cadre protecteur.
La vigilance des autorités et des utilisateurs doit donc rester maximale face à ces pratiques de jeu en ligne qui échappent aux régulations établies pour protéger les consommateurs contre les dérives addictives et les risques financiers associés.



